Épisode 5. Le bunker de l'Otan
Contexte
- Temps universel coordonné
- Lundi 15 juillet 2024 - 07:43
- Lieu
-
- Terre
- Bruxelles
- Bunker Otanien #1
- Trame
- Ligne Temporelle Inconnue
- Résumé des épisodes précédents
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En 1954, un vaisseau inconnu s’est écrasé dans l’Arctique puis a été récupéré et dissimulé par l’armée américaine. En 2024, les tensions internationales se sont aiguës : rumeurs, menaces et information militaire dessinent un horizon dangereux. À Bruxelles, Agnes Rodriguez et sa partenaire Angie vivent des instants de vie quotidienne — réveil, petit-déjeuner, puis départ à moto vers le siège de l’OTAN — sans encore mesurer l’ampleur de la menace.
Personnages
| Nom | Affiliation / Branche | Titre / Grade |
|---|---|---|
| Agnes V. Rodriguez | OTAN / Flotte Spéciale | Capitaine |
| Angie Chen | OTAN / Flotte Spéciale | Commandeur |
| Eros Vitos | OTAN / Support Technique Sol-Air | Enseigne |
TL;DR
Dans le bunker OTAN, Agnes rétablit l’ordre, recadre l’enseigne Vitos et se prépare à entrer en fonction.
Récit
La porte blindée s’ouvre enfin et nous laisse passer.
Bienvenue à deux cents mètres sous Bruxelles.
Nous pénétrons dans le Bunker Otanien #1.
Pourquoi numéro un ? Tout simplement parce qu’il se trouve sous la périphérie de Bruxelles, capitale de l’Alliance et centre névralgique de son commandement européen.
En quelque sorte, notre Pentagone à nous.
Le terme bunker
est d’ailleurs un peu réducteur. L’endroit s’étend sur plusieurs kilomètres cubes et peut accueillir des milliers de personnes en cas de crise majeure.
Et Bruxelles n’est évidemment pas la seule ville à posséder ce genre d’installation. Depuis les premières années de la guerre froide, l’OTAN en a construit sous les principales villes de l’Alliance.
La plupart des citoyens passent leur vie au-dessus sans jamais soupçonner ce qui se trouve sous leurs pieds.
Angie et moi nous engageons dans le dédale de couloirs.
Des officiers passent dans un sens, des techniciens dans l’autre. Des portes s’ouvrent et se referment, des écrans s’allument au passage du personnel… Toute une petite ville fonctionne ici, parfaitement cachée du monde extérieur.
Et chaque fois que je traverse cet endroit, je ne peux pas m’empêcher de penser à tout ce que nos démocraties ont accepté de dissimuler pour en arriver là.
Il faut dire que le monde ne nous a pas vraiment laissé beaucoup de choix.
En trente ans, la Russie a récupéré une grande partie des territoires perdus après la chute de l’Union soviétique et poursuit désormais son expansion vers le sud. Une partie de ces territoires forme aujourd’hui ce qu’on appelle la Russie du Sud, placée sous l’autorité du mercenaire-gouverneur Dmitri Outkine, au service du Grand Tsar Poutine.
Rien que le nom donne envie d’y passer ses vacances.
À l’est, la Chine de l’empereur Xi Jinping se rapproche de plus en plus de la Corée du Nord tout en multipliant les échanges avec Moscou.
Au Moyen-Orient, la situation s’est complètement embrasée et les quelques pays qui pourraient encore jouer les médiateurs ont déjà bien assez à faire ailleurs.
Curieusement, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud restent parmi les rares régions à se tenir encore relativement à l’écart de tout ce merdier.
Et puis il n’y a plus d’ONU pour tenter de calmer tout le monde.
Après le fiasco de la guerre en Irak, l’organisation n’a pas survécu aux fractures du début des années 2000.
Depuis, chacun protège ses intérêts, renforce ses alliances et espère que le voisin sera le premier à cligner des yeux.
Vous voyez un peu l’ambiance.
Angie Chen
Agnes ?
Hou-hou !
Tu es distraite.
Les vestiaires sont de ce côté !
Je m’arrête net.
Effectivement.
À force de vous faire visiter les lieux tout en refaisant la géopolitique mondiale dans ma tête, je viens de dépasser l’embranchement.
Agnes V. Rodriguez
Tu as raison.
J’étais plongée dans mes pensées.
Allons vite nous changer.
Je rejoins Angie et nous repartons dans la bonne direction.
Cette fois, quelque chose attire mon attention avant que je puisse recommencer à philosopher.
Des voix. Des rires. Et pas vraiment le genre de bruit qu’on s’attend à entendre dans une installation ultra-sécurisée à deux cents mètres sous terre.
Agnes V. Rodriguez
Tu entends ça ?
On dirait qu’il y a de l’agitation.
Angie Chen
Tu connais les gars.
C’est l’un des rares endroits où ils peuvent se relâcher un peu.
Mais je parie que ce cher Eros se fait encore remarquer.
Agnes V. Rodriguez
Eros ?
C’est qui ?
Angie Chen
Un enseigne qui s’occupe de la révision des systèmes sol-air.
Tu verras, c’est un joyeux fêtard.
Il paraît même que les collègues de sa section lui ont décerné une décoration honorifique.
Agnes V. Rodriguez
Une décoration honorifique ?
Angie Chen
Oui.
Celle de celui qui a la plus longue.
Tu vois le genre…
Agnes V. Rodriguez
Charmant.
Et tellement délicat.
Angie pousse la porte des vestiaires.
Et là…
Okay.
Je retire ce que je viens de penser sur l’agitation.
C’est carrément la fête.
Au milieu de la pièce, un gars nu comme un ver danse devant une petite foule déchaînée. Certains sont encore en uniforme, d’autres en caleçon, quelques-uns à moitié habillés, et plusieurs femmes semblent avoir décidé que le haut de leur tenue était parfaitement facultatif.
Ça rit, ça applaudit, ça hurle des encouragements…
Pour une installation censée représenter le cœur ultra-sécurisé de l’OTAN, l’ambiance est étonnamment détendue.
Je regarde Angie.
Puis le danseur.
Puis de nouveau Angie.
Agnes V. Rodriguez
Hum…
La plus longue, tu disais ?
Au repos ou au garde-à-vous ?
Angie Chen
Heu…
Je dois t’avouer que je n’en sais rien.
La rumeur n’en fait pas mention…
Eros Vitos
♪♫ I'm too sexy for my shirt,
♪♫ Too sexy for my shirt,
♪♫ So sexy it hurts…
Ah.
Je suppose que nous venons de trouver Eros.
J’adore ce genre de moment où je vais devoir montrer un peu d’autorité.
Dans ce genre de situation, Angie et moi savons exactement quoi faire.
Observez les vraies professionnelles à l’œuvre.
Cmdr. Angie Chen
CAPITAINE DANS LES VESTIAIRES !
Le vacarme s’éteint presque instantanément.
Plus de rires, plus d’encouragements, plus de concert improvisé. Les officiers se mettent au garde-à-vous dans un réflexe collectif aussi rapide qu’impressionnant.
Même notre fameux danseur nudiste s’immobilise au milieu de la pièce.
Il était nettement plus flamboyant il y a cinq secondes.
Je traverse le vestiaire sous les regards silencieux et m’arrête juste devant lui.
Puis je le fixe droit dans les yeux.
Capt. Agnes V. Rodriguez
Votre nom, grade et matricule.
Ens. Eros Vitos
Enseigne Eros Vitos, matricule 0101.69.999.66, Madame !
Cmdr. Angie Chen
Enseigne !
On dit Capitaine lorsqu’on s’adresse à un capitaine !
Ens. Eros Vitos
OUI, Commandeur !
Okay.
Je sens qu’on tient un champion.
Capt. Agnes V. Rodriguez
Eh bien, Eros… ramasse tes outils.
Et si tu ne veux pas recevoir un blâme dans ton dossier, va récurer les toilettes avec ta brosse à dents.
Ens. Eros Vitos
À vos ordres, Capitaine…
Heu… vraiment désolé, Capitaine.
Capt. Agnes V. Rodriguez
Enseigne Vitos, encore une dernière chose…
Ens. Eros Vitos
Oui, Capitaine.
Capt. Agnes V. Rodriguez
Enfilez un pantalon !
Ens. Eros Vitos
Oui, Capitaine !
À vos ordres, Capitaine !
Eros se dépêche enfin de récupérer de quoi couvrir ce qui lui a valu sa décoration honorifique.
Je profite du silence pour me tourner vers le reste du vestiaire.
Capt. Agnes V. Rodriguez
À tout le monde, votre attention, s’il vous plaît !
Dans ce lieu, que vous soyez un homme, une femme ou un petit bonhomme vert, vous êtes libres de vous y balader à poil si ça vous chante.
Mais rappelez-vous qu’il est ouvert à tous.
Par conséquent, soyez respectueux envers les personnes qui le fréquentent.
Repos !
La tension retombe aussitôt.
Les conversations reprennent, chacun retourne à ses affaires et le vestiaire retrouve progressivement son activité normale.
Cette fois, avec un peu moins de spectacle au milieu du passage.
L’ordre revenu et le passage dégagé, nous rejoignons enfin nos casiers.
Le vestiaire n’offre pas franchement ce qu’on pourrait appeler une intimité absolue, mais personne ici ne semble particulièrement s’en formaliser.
Nous nous débarrassons donc de nos vêtements civils pour enfiler notre tenue de travail.
Avec ses sous-vêtements rose bonbon, Angie ne passe évidemment pas inaperçue.
Je lui ai déjà répété une centaine de fois d’éviter les couleurs trop voyantes.
Elle, évidemment, s’en fout complètement.
Capt. Agnes V. Rodriguez
Un jour, tu vas finir par aveugler quelqu’un avec ça.
Cmdr. Angie Chen
Jalouse.
Capt. Agnes V. Rodriguez
Même pas en rêve.
Vu le retard que nous avons déjà accumulé, je décide toutefois de ne pas ouvrir un nouveau dossier diplomatique sur les goûts vestimentaires d’Angie.
Nous enfilons rapidement nos uniformes réglementaires : pantalon noir, pull sombre à col montant, long pardessus noir et bottines assorties.
Ce n’est pas exactement la tenue la plus sexy de la planète.
Mais ce n’est pas le but.
La Flotte Spéciale n’est pas une armée classique. Nous appartenons à l’OTAN, mais notre branche s’occupe avant tout du transport, du fret et de tout ce qui consiste à déplacer des gens ou du matériel sans nécessairement tirer sur quelqu’un.
Nos uniformes suivent la même logique : sobres, pratiques, fonctionnels.
Très fonctionnels.
Voilà. C’est le mot poli.
Cmdr. Angie Chen
Tu es prête ?
Capt. Agnes V. Rodriguez
Évidemment que je suis prête.
Je t'attends depuis cinq minutes déjà.
Cmdr. Angie Chen
C'est ça. Je vais te croire.
Ha ha ha.
Nous quittons enfin les vestiaires et reprenons notre route.
Le bunker est tellement vaste qu’on peut facilement s’y perdre. Et je ne parle pas uniquement des nouveaux arrivants : même moi, qui connais les lieux par cœur, je dois parfois réfléchir deux secondes avant de prendre un embranchement.
Une cinquantaine d’étages s’étendent sous nos pieds et au-dessus de nos têtes, reliés par un réseau de couloirs, d’ascenseurs et de secteurs dont la plupart des Bruxellois ignorent jusqu’à l’existence.
Par endroits, les murs sont d’un blanc presque éclatant. La lumière semble venir de partout sans qu’on distingue vraiment sa source, et certains équipements que nous croisons seraient probablement difficiles à expliquer au grand public sans provoquer quelques questions embarrassantes.
Disons simplement que l’OTAN aime garder certaines cartes dans sa manche.
Au bout de plusieurs couloirs, nous atteignons enfin une imposante porte.
Cette fois, je m’arrête.
Angie aussi.
De l’autre côté, notre journée de travail va réellement commencer.
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