Épisode 8. Le Mercator
Contexte
- Temps universel coordonné
- Lundi 15 juillet 2024 - 09:59
- Lieu
-
- Terre
- Bruxelles
- Bunker Otanien #1
- Hangar
- USS Mercator
- Hall à navettes
- Trame
- Ligne Temporelle Inconnue
- Résumé des épisodes précédents
-
Après leur arrivée au bunker, Agnes Rodriguez et Angie Chen reprennent leurs fonctions. Dans le hangar colossal, elles inspectent l’USS Mercator et discutent des modules et nacelles encore jamais mis en service. Cette tournée révèle autant la rigueur de l’équipage que l’angoisse latente d’un vaisseau qui attend toujours son heure.
Personnages
| Nom | Affiliation / Branche | Titre / Grade |
|---|---|---|
| Agnes V. Rodriguez | OTAN / Flotte Spéciale | Capitaine |
| Angie Chen | OTAN / Flotte Spéciale | Commandeur |
| Émilie Flores | OTAN / Flotte Spéciale | Enseigne |
Manifeste
| USS Mercator | |
|---|---|
| Affiliation | OTAN |
| Localisation | Amarré dans le bunker #1 (Bruxelles) |
| Capitaine | Agnes V. Rodriguez |
| Premier officier | Angie Chen |
| Communications | Émilie Flores |
TL;DR
À bord du Mercator, Angie rebaptise une navette de la classe F « Choupette 53 », tandis qu’Émilie Flores se fait remarquer d’une manière… inattendue dans les toilettes des hommes.
Récit
Après cette inspection extérieure du Mercator, nous redescendons par un escalier menant à proximité de la rampe d’accès du vaisseau. Nous la traversons, puis pénétrons du côté tribord par la grande porte : le hall à navettes.
À peine avons-nous franchi le seuil qu’un lieutenant s’avance vers nous, l’air concentré, le pas rapide.
Bonjour, Capitaine Rodriguez. Bonjour, Commandeur Chen.
Bonjour, Lieutenant.
Commandeur Chen, nous avons terminé les modifications que vous aviez demandées. Vous voulez voir ?
C’est vrai ? Vous l’avez vraiment fait ?
Oui, oui, Commandeur Chen. Elle est par là. Suivez-moi.
Il a été difficile de recalibrer les machines d’impression, mais je crois que nous avons réussi à obtenir les dimensions idéales… ainsi que la bonne couleur.
Je ne doute pas de vos capacités, Lieutenant. Vous et votre équipe avez une excellente réputation de savoir-faire dans ce domaine.
Angie, tu veux bien m’expliquer ce qu’il se passe avec ce lieutenant ?
Rien de bien méchant, Agnes. Viens, suivons-le.
Le sourire d’Angie en dit long. Avec elle, je peux m’attendre au pire comme au meilleur. Je reste malgré tout positive en la voyant amusée, malgré les circonstances actuelles.
Je les suis à travers le hall à navettes en jetant des regards autour de moi. Au plafond, j’aperçois même quelques toiles d’araignée. Charly n’exagérait donc pas lorsqu’il disait que ce vaisseau prenait la poussière.
Nous nous approchons d’une navette de classe F. Angie et le lieutenant s’arrêtent devant elle.
Voilà, Commandeur Chen. Nous avons suivi vos instructions à la lettre.
Je les observe tous les deux, cherchant à comprendre de quoi il peut bien s’agir. Puis mon regard se pose sur le flanc avant de la navette.
Et là, il me faut toute ma volonté pour ne pas m’esclaffer comme une hyène délurée.
Non… sérieusement, Angie ! Dis-moi que tu ne leur as pas demandé de faire ça ?
Si, si, j’ai osé. Elle est trop cool, hein.
Capitaine Rodriguez, je n’ai fait que suivre les ordres du Commandeur Chen.
Il n’y a pas de mal, Lieutenant.
Hi Hi Hi.
Choupette 53 !!!
Tu aurais pu choisir un nom un peu moins… heu… comment dire… folklorique.
C’est mon choix. Je te rappelle qu’en tant que Commandeur et premier officier de ce vaisseau, j’ai l’autorité pour changer le nom et le matricule des navettes à ma convenance, sans avoir à te demander ton avis.
C’est exact. Mais la prochaine fois, choisis un nom un peu plus sérieux.
Et tant qu’on est dans les surprises, dois-je m’attendre à l’arrivée des avocats de Mickey Mouse pour une histoire de plagiat ?
Heu, je n'y avais pas pensé.
Mouais !
Vous pouvez disposer, Lieutenant. Et merci pour le temps que vous avez consacré à ce chef-d’œuvre.
Merci Commandeur Chen.
Nous reprenons notre marche et quittons le hall, laissant derrière nous Choupette 53. Je regarde Angie du coin de l’œil. Elle m’étonnera toujours par sa capacité à changer d’humeur en un claquement de doigts.
Dans les couloirs, les officiers vaquent à leurs occupations, se saluant d’un signe de tête ou échangeant quelques mots. L’atmosphère est calme, typique d’un lundi matin ordinaire à bord du vaisseau.
Soudain, un fracas retentit au bout de la coursive. Des pas pressés. Des excuses hâtives. Les officiers se retournent, légèrement bousculés par une enseigne qui déboule en courant, le corps recroquevillé, les mains solidement plaquées devant son entrejambe.
Je plisse les yeux, observant cette course effrénée.
Pardon… heu… pardon… Excusez-moi… s'il-vous-plaît, laissez passer… il y a urgence…
Elle arrive enfin à notre niveau et, entre deux respirations haletantes, trouve encore le temps de nous saluer d’un rapide :
B’jour, Cap’tain… Com’der…
Puis elle s’éloigne aussitôt, laissant derrière elle un sillage de perplexité.
Hey, Flores ! Qu’est-ce qui se passe ?
Pas l’temps, Com’der… désolée… besoin pressant…
Flores ! Les toilettes pour dames sont à droite !
Nous nous précipitons vers la pièce de gauche, là où l’enseigne s’est engouffrée. À peine la porte franchie, nous restons figées, bouche bée devant la scène.
C’est avec une stupéfaction non dissimulée que nous la découvrons debout, le pantalon baissé jusqu’aux chevilles, face à un urinoir, en train de faire pipi.
Je me dirige aussitôt vers l’évier, arrache un morceau de papier hygiénique et le lui tends.
Merci, Capitaine,
Vous avez frôlé la catastrophe, Flores. J’ai bien cru que le Mercator allait se transformer en aquarium.
Pardon, Commandeur. Je ne connais pas encore très bien le vaisseau. Je n’avais plus le temps d’attendre… j’ai dû improviser.
Maintenant, vous savez que ce sont les toilettes pour hommes. À l’avenir, essayez de prendre vos dispositions avant de commencer votre service.
Oui, Commandeur. C’est ce que je fais habituellement, mais aujourd’hui j’ai pris du retard à cause du SonicShuttle, resté coincé à la gare du Luxembourg.
Ne vous justifiez pas, Flores. Remontez votre pantalon avant que quelqu’un ne voie vos petites fesses, et reprenez votre poste sur la passerelle dès que possible.
À vos ordres, Commandeur !
Nous sortons des toilettes pour hommes et reprenons notre parcours, comme si de rien n’était.
Si vous vous demandez ce qu’est le SonicShuttle, il s’agit d’un véhicule capable de se déplacer à la vitesse du son dans le réseau souterrain AspiroTube, qui relie entre eux tous les bunkers de l’Alliance. Un système principalement utilisé pour le fret et le transport des effectifs, inspiré de l’Hyperloop imaginé par Elon Musk il y a plusieurs années.
Personnellement, je ne l’ai jamais emprunté. Je lui préfère largement ma chère Ducati.
Tu crois que le transport était réellement en panne ce matin ?
C’est probable. Je n’ai pas d’informations à ce sujet. Et puis, ce n’est pas notre domaine. Émilie n’est pas le genre de fille à raconter des histoires à dormir debout. J’ai tendance à lui laisser le bénéfice du doute.
Tu n’aurais jamais dû recruter cet officier.
Pourquoi dis-tu ça ?
Elle est trop jeune, immature, et cherche toujours à se justifier. Sa réaction de ce matin l’a encore prouvé.
Certes, elle n’a que dix-neuf ans, mais elle a déjà un CV long comme le bras. On ne trouvera pas mieux qu’elle en cryptographie et en décryptage de données sécurisées. Le MI6 lui a fait confiance, et moi aussi.
Laisse-lui le temps de prendre ses marques. Après tout, elle n’est ici que depuis une semaine… et puis, elle me rappelle une certaine Angie.
Oui… tu as peut-être raison.
Regarde les choses positivement. Qui sait ? Elle pourra peut-être un jour t’apprendre à faire pipi debout, en cas d’urgence.
Ah ah ! Celle-là n’est vraiment pas drôle.