Épisode 22. Conflit éthique
Contexte
- Temps universel coordonné
- Lundi 15 juillet 2024 - 19:56
- Lieu
-
- Espace
- Orbite basse Terrestre
- USS Mercator
- Module 3
- Trame
- Ligne Temporelle Inconnue
- Résumé des épisodes précédents
-
Après avoir survécu au champignon nucléaire et à une manœuvre désespérée qui a projeté le Mercator en orbite, Agnes et son équipage parviennent à reprendre partiellement le contrôle du vaisseau. Dans le module 3, elle sauve Angie in extremis, tandis que Manu se révèle être un allié aussi utile qu’imprévisible. Mais dans les autres modules, les émeutes éclatent et l’équipage doit employer des moyens non conventionnels pour maintenir l’ordre.
Personnages
| Nom | Affiliation / Branche | Titre / Grade |
|---|---|---|
| Agnes V. Rodriguez | OTAN / Flotte Spéciale | Capitaine |
| Angie Chen | OTAN / Flotte Spéciale | Commandeur |
| Éric Corda | OTAN / Flotte Spéciale | Lieutenant-Commandeur |
| Émilie Flores | OTAN / Flotte Spéciale | Enseigne |
| Charlène Savea | OTAN / Flotte Spéciale | Lieutenant |
| Manu | OTAN / Flotte Spéciale | Civil réquisitionné |
Manifeste
| USS Mercator | |
|---|---|
| Affiliation | OTAN |
| Localisation | Orbite Basse Terrestre |
| Capitaine | Agnes V. Rodriguez |
| Premier officier | Angie Chen |
| Pilote | Éric Corda |
| Communications | Émilie Flores |
| Opérations | Charlène Savea |
| Armement avancé | Eros Vitos |
| Infirmerie | Victor S. Calpel |
| Technicien de surface | Manu |
| Passagers | 12.000 Réfugiés (Estimation) Dirigeants (Hillary Clinton et autres Chefs d'état) |
TL;DR
Sur la passerelle, Agnes réunit son équipe et prend une décision lourde : appliquer le protocole 1.3, plongeant des milliers de passagers dans un sommeil forcé pour économiser l’énergie vitale du vaisseau. Le Mercator met alors le cap vers la Lune… au prix d’un choix éthique qui pourrait briser la confiance des survivants.
Récit
Angie étant encore affaiblie, je la soutiens par les bras. Nous quittons la cabine de pilotage.
Dans le module, des infirmiers, des officiers et même des civils s’affairent autour du millier de passagers évacués. Les blessés sont pris en charge, les plus choqués rassurés. Malgré le chaos, l’organisation tient bon. Ils sont entre de bonnes mains.
On remonte sur la passerelle.
Tu viens avec nous, Manu ? J’ai encore deux ou trois bricoles à te proposer.
Sur la passerelle ?
Heu… mais c’est interdit.
Tu as mon autorisation pour cette fois, Manu.
Dans ce cas… j’accepte ton offre.
Nous traversons les couloirs dans un silence relatif, seulement troublé par le bourdonnement des systèmes en redémarrage et les murmures des rescapés. Les lumières vacillent encore par endroits, projetant des ombres tremblotantes sur les parois endommagées. Les traces de la tempête nucléaire que nous avons affrontée sont toujours visibles : câbles arrachés pendants, cloisons déformées, et, ici et là, des techniciens s’affairant à remettre de l’ordre.
On dirait que les ingénieurs ont pris les choses en main.
Les éclairages, certains accès aux sections du vaisseau, et même l’ascenseur fonctionnent à nouveau.
Tu as bien formé tes équipes, Angie.
Ce sont des professionnels.
Mais il a dû y avoir du grabuge pendant mon absence pour qu’il y ait autant de dégâts.
T’as traversé un cyclone ou quoi ?
Pas un cyclone, Angie.
Un champignon.
Mince alors ! Et dire que j’ai raté ça !
Si tu avais été là, tu aurais fait dans ta culotte, je t’assure.
À ce point ?
Dites les filles, au lieu de jaser comme des canaris, vous feriez mieux d’entrer dans l’ascenseur !
Je vous attends !
On arrive, Manu.
J’ai une petite question indiscrète.
Vous avez l’air de bien vous connaître. Vous êtes amies ?
Angie et moi, nous sommes plus que de simples amies.
Nous sommes en couple, Manu.
Ah… heu… oui… heu… je vois.
Je ne m’attendais pas à ce genre de réponse.
Désolé pour mon indiscrétion.
Ne le sois pas, Manu. On a l’habitude.
Allez, viens. On est arrivés sur la passerelle.
Et surtout, ne touche à rien.
Promis, je ne touche à rien, Agnes.
Heu… j’voulais dire, Cap’taine.
Dès notre entrée sur la passerelle, l’ambiance tranche nettement avec le chaos que nous avons laissé derrière nous. Rien n’est encore parfaitement opérationnel, mais l’efficacité revient peu à peu.
Corda est debout près de son poste, occupé à recalibrer les commandes de navigation.
Savea, penchée sur une console, passe en revue une série de diagnostics.
Un peu plus loin, Flores ajuste les fréquences de communication, le visage tiré par la fatigue.
Malgré l’épuisement, chacun s’active avec une concentration redoublée. On a encore un vaisseau à sauver.
Je jette un regard vers Angie. Elle balaie la passerelle des yeux, évaluant l’état des lieux. Son expression parle d’elle-même : le Mercator a encaissé, mais il tient, et le travail avance.
À côté de moi, Manu se fait discret, les mains enfoncées dans les poches, absorbant la scène avec un mélange d’étonnement et de respect. C’est un univers qu’il ne connaît pas… et pourtant, il se retrouve désormais au cœur de la machine.
Manu, je te présente le lieutenant-commandeur Éric Corda, notre pilote.
Le lieutenant Charlène Savea, responsable des opérations, et notre officier des communications, l’enseigne Émilie Flores.
Tu peux prendre place sur le siège à côté de cette console.
Capitaine, je suis heureuse de voir que la Commandeur Chen soit toujours en vie.
Merci, Flores. Croyez-le bien, moi aussi.
Asseyez-vous tous.
La salle de réunion étant occupée par nos dirigeants, on va faire le point ici.
Savea, on commence par vous.
Quel est l’état du vaisseau ?
Nous avons perdu près de quatre-vingt-dix pour cent de la coque et de son bouclier thermique. J’essaie de maintenir la régénération de notre bouclier énergétique à trois pour cent, et j’ai transféré le reste de nos réserves vers les systèmes vitaux.
En tout et pour tout, il nous reste approximativement entre trente-six et quarante-huit heures d’autonomie.
Quant à la structure, nous avons des défaillances à tous les niveaux, et nous n’avons aucun moyen de consolider les zones les plus endommagées.
Merci, Savea.
Qu’en est-il des passagers et de l’équipage ?
Aucune perte n’a été signalée dans la salle de réunion des chefs d’État.
J’ai étendu leur espace alloué aux deux pièces adjacentes : le mess et la salle de repos, où des couchettes supplémentaires sont en cours d’installation.
Et pour les réfugiés ?
À cette heure, nous n’avons aucune information sur les pertes, mais nous savons qu’il y en a.
Nous avons aussi appliqué le dispositif non létal 1.1 dans les modules cinq, six et sept, comme vous nous l’avez ordonné pour contrer les émeutes.
Je suppose que vous n’avez pas le nombre exact de rescapés que nous avons récupérés à Bruxelles ?
Non, capitaine.
En théorie, notre capacité est de dix mille personnes.
Mille par module, et deux mille pour le vaisseau lui-même.
Toutes les personnes ont été scannées à l’embarquement et je n’ai plus qu’à compiler tous les secteurs.
Flores, à votre tour.
Le système de communications internes est rétabli et j’ai envoyé un appel de détresse en boucle vers la lune.
Je n’ai encore reçu aucune réponse, capitaine.
Merci, Flores.
Corda, c’est vous qui vous êtes chargé des sondes ?
Oui, capitaine. Je surveille l’espace.
Parfait, Corda.
Si vous apercevez le moindre signe suspect — ou l’OVNI que nous avons croisé à Bruxelles — vous me le signalez immédiatement.
Bien évidemment, capitaine.
Des OVNI ?!
Vous êtes sérieux, là ?
Je t’en prie, Manu. Ne nous interromps pas.
Pardon, Cap’tain.
Bien.
Concentrons-nous maintenant sur l’essentiel.
Sommes-nous en mesure de rallier la lune ?
Corda, votre avis.
Capitaine…
Certes, le Mercator peut voler dans l’espace, mais il a été préparé avant tout pour des missions d'évacuation et de soutien en atmosphère terrestre.
Sur le moyen terme, il n’a jamais été prévu pour une traversée prolongée dans le vide, et encore moins avec une telle surcharge de passagers et des systèmes aussi endommagés.
Je suis déjà au courant de tout cela, monsieur Corda.
Je repose donc ma question.
Dans son état actuel, et avec le peu de ressources qu’il nous reste… le Mercator est-il en mesure de rallier la lune ?
Pour l’instant, je ne dispose que d’une impulsion minimale.
Juste de quoi nous maintenir en orbite autour de la Terre.
L’ingénierie travaille à récupérer de l’énergie.
Savea, est-ce que l’ingénierie a la capacité de transférer progressivement de la puissance vers les moteurs afin que nous puissions atteindre la lune ?
En théorie, oui.
Mais cela impliquerait de puiser dans toutes nos ressources, y compris les systèmes de survie.
Si nous partons vers la lune dans ces conditions, nous serons tous morts avant d’y arriver, capitaine.
Numéro Un, vous avez des suggestions ?
Oui, capitaine.
Nous pouvons envisager d’appliquer le dispositif non létal 1.3 à l’ensemble des modules verrouillés.
Cela nous permettrait d’économiser soixante-dix pour cent d’énergie, qui pourraient être transférés vers les systèmes de navigation, comme les impulseurs et les stabilisateurs.
Le tout en naviguant en roue libre, en exploitant au maximum l’inertie et les trajectoires gravitationnelles.
Nous en sommes au point où chaque impulsion, chaque correction de trajectoire, nous coûtera un os.
C’est une solution extrême, Numéro Un.
Je n’aime guère l’idée d’utiliser le 1.3.
Ils seront tous plongés dans un sommeil profond.
Nous sommes aussi dans une situation extrême, capitaine.
Vous avez raison.
Ce qui m’inquiète, ce sont les conséquences.
Le réveil risque d’être brutal. Ils auront l’impression qu’on les a gazés.
C’est précisément pour cette raison que son emploi n’est autorisé que dans des situations extrêmes, capitaine.
Quel est ton avis, Manu ?
Qu’est-ce que tu penserais si tu étais à leur place ?
Je ne sais pas, Agnes… heu, pardon, Cap’tain.
Je n’ai jamais été confronté à ce genre de situation.
Mais je suppose que je serais sous le choc… et que j’en voudrais énormément à ceux qui ont pris cette décision, parce que je n’aurais pas compris dans quelle galère on se trouve.
Merci, Manu.
Savea, d'après les chiffres que vous disposez, ce plan est-il réalisable ?
Je termine les calculs, capitaine.
Voilà… c’est vraiment très juste, mais on peut y arriver si on commence tout de suite.
Dans ce cas, ne traînons pas.
On passe directement au vote.
Qui n’est pas favorable au plan ?
Un silence s’installe.
Je scrute mon équipage. Chacun comprend ce que cela implique.
Pas seulement un endormissement forcé… mais une perte de contrôle. Un abandon temporaire de leur destin.
Une seconde passe.
Puis deux.
Personne ?
Parfait. À l'unanimité, le plan est adopté.
Savea, vous pouvez lancer la procédure.
Corda, tracez une trajectoire vers la lune et faites avancer notre épave.
Flores, continuez à envoyer le signal de détresse.
À vos ordres, capitaine.