Épisode 59. Bière martienne
Contexte
- Temps universel coordonné
- Lundi 5 août 2024 - 16:01
- Lieu
-
- Espace
- Orbite Lunaire
- Base Stellaire OTAN
- Mess des docks
- Trame
- Ligne Temporelle Schak'Irra
- Résumé des épisodes précédents
-
Après l’annonce de la deuxième mission de l'opération Reconquête Terre, l’amiral Michaux confie à l’Enterprise une opération spéciale : escorter le colonel Gomard et cinquante soldats jusqu’à Moscou pour reprendre le bunker du Kremlin. Une décision que la capitaine Rodriguez juge suicidaire. Malgré ses protestations, les ordres sont formels : l’Enterprise devra partir sous quarante-huit heures pour la Russie.
Personnages
| Nom | Affiliation / Branche | Titre / Grade | Espèce | Trame d'origine |
|---|---|---|---|---|
| Agnes V. Rodriguez | OTAN / Flotte Spéciale | Capitaine | Humain | Timeline Schak'Irra |
| Angie Chen | OTAN / Flotte Spéciale | Commandeur | Humain | Timeline Schak'Irra |
| Serveuse | OTAN / Base Stellaire | Employée civile | Humain | Timeline Schak'Irra |
Manifeste
| USS Enterprise | |
|---|---|
| Affiliation | OTAN |
| Localisation | Amarré à la Base Stellaire OTAN |
| Capitaine | Agnes V. Rodriguez |
| Premier officier | Angie Chen |
| Pilote | Éric Corda |
| Communications | Émilie Flores |
| Opérations | Charlène Savea |
| Tactique | Éric Corda Charlène Savea |
| Science | Manu |
| Armement avancé | Eros Vitos |
| Infirmerie | Victor S. Calpel |
| Conseiller/Consultant | Manu |
| Technicien de surface | Manu |
| Passagers | Tarsi (Confidentiel) |
TL;DR
Alors que les troupes du colonel Gomard embarquent à bord de l’Enterprise, Agnes et Angie partagent leurs doutes autour d’une bière martienne. Elles évoquent leur passé commun au Donbass, leurs blessures, et l’idée risquée d’impliquer Tarsi dans la mission. Entre humour, nostalgie et méfiance vis-à-vis de l’amiral, une certitude s’impose : dans la guerre qui s’annonce, il faudra choisir ses alliés avant qu’il ne soit trop tard.
Récit
Après avoir quitté la salle de conférence de la base stellaire, nous observons avec préoccupation le commando armé embarquer à bord de l’Enterprise. Leur démarche assurée laisse entendre qu’ils sont prêts à faire face à toutes les éventualités, même celles qui semblent vouées à l’échec.
En traversant les quais, nous nous arrêtons au petit mess pour pouvoir discuter tranquillement. Tout en prenant place à notre table habituelle, Angie me regarde, laissant transparaître ses inquiétudes à propos de cette opération suicidaire et de l’implication du colonel Gomard. Celui-là même qui nous a sauvé la vie en 2014, dans le Donbass.
Tu savais qu’il était ici ?
C’est étonnant. Je le croyais encore en Ukraine.
Dix ans déjà…
Ne me dis pas que ça te laisse de marbre de le revoir.
Non.
Mais j’aurais préféré que ce soit dans d’autres circonstances.
Je te comprends.
Tu crois qu’il est conscient de la situation dans laquelle il se trouve ?
C’est un soldat.
Il obéit aux ordres sans broncher, même quand ils sont idiots.
Un court silence s’installe entre nous. Angie baisse les yeux, puis repose son regard sur moi. Avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit, une voix s’élève à notre hauteur.
Bonjour Mesdames.
Qu’est-ce que je vous sers aujourd’hui ?
Bonjour.
Pour moi, une bière, s’il vous plaît.
Et toi, Angie ?
Pareil.
Je vous apporte ça tout de suite.
Merci.
Il paraît qu’il a reçu le grade de lieutenant-général et qu’il a refusé sa promotion.
Tu le savais ?
Oui. C’est toi qui me l’avais déjà dit.
Ça ne m’étonne pas. C’est le genre de type qui n’a rien à foutre des décorations.
Il faut qu’on fasse quelque chose.
On ne peut pas le laisser partir seul avec son escouade se faire massacrer chez les Russes.
Je suis d’accord avec toi.
Et je réfléchis déjà à un plan.
Tu penses à quoi ?
Je vais l'impliquer dans notre secret.
Lequel ?
On en a tellement.
Ha ha ha…
Tarsi.
Elle a des compétences tactiques solides et elle connaît très bien notre technologie.
D’autant que l’armement confidentiel développé à la Zone 51 est directement inspiré des informations du futur contenues dans l’épave du Schak’Irra.
Tu es dingue.
Il risque de tout balancer à Michaux.
Ce sera à nous de le convaincre.
Ah non.
Ne me regarde pas comme ça.
Je ne vais pas coucher avec lui.
La dernière fois, ça n’avait pas l’air de te déranger.
Mouais…
Mais toi et moi, on n’était pas encore ensemble.
J’aurais cru que tu en aurais eu envie.
Ça ne te manque pas ?
Euh… ben…
Ne dis rien.
Tu as mon approbation.
Hmm… merci, mon amour.
Malgré ce que certains pourraient imaginer, notre relation n’a jamais été simple à définir. Angie et moi ne nous sommes pas rapprochées par désir ou par confort, mais parce que nous avons survécu ensemble à quelque chose qui nous a brisées.
Dans le Donbass, en 2014, il n’y avait plus de place pour les sentiments ordinaires. Il fallait tenir, avancer, veiller l’une sur l’autre quand tout autour s’effondrait. Peu à peu, cette vigilance est devenue un lien. Un ancrage. Une certitude silencieuse que, quoi qu’il arrive, nous ne serions plus jamais seules.
Ce que nous partageons aujourd’hui n’est ni une romance classique ni une simple camaraderie. C’est le résultat d’un traumatisme commun, d’une confiance forgée sous le feu, et d’une intimité qui dépasse les mots. Et parfois, comme ce soir, nous nous permettons d’en sourire, de jouer avec les limites. Parce que nous savons exactement jusqu’où nous pouvons aller, et pourquoi.
Dis, Agnes…
Il y a un truc qui me vient à l’esprit.
Quoi donc ?
Quand tu seras vieille, toute ridée, et que tu auras l’idée farfelue d’écrire tes mémoires, j’espère que tu éviteras de me faire passer pour une Marie-couche-toi-là.
Moi, faire ça ?
Nooon… Je n’oserais jamais.
Hum… Ne t’inquiète pas, nos petits secrets sont bien gardés…
Voilà, Mesdames.
Deux bières en provenance de nos premières exo-cultures.
Veuillez me tendre vos bras pour le scan, s’il vous plaît.
Merci.
C’est moi qui offre.
Vous les mettez à mon compte.
Des bières issues de vos premières exo-cultures ?
Il y a des champs de houblon dans la station ?
Non, pas dans la station stellaire.
Le houblon, le malt d’orge et la levure proviennent de Mars.
Comment est-ce possible ?
Nous avons une colonie là-bas ?
Non. Tout est géré à distance depuis la base stellaire, à l’aide de robots chargés des tâches agricoles.
Tous les trois mois, un Nauvoo se rend sur place pour l’entretien et pour récupérer les marchandises produites.
Au moins, maintenant, on sait qu’on peut se soûler sans se soucier d’une éventuelle pénurie.
Si j’étais vous, je me méfierais tout de même.
Il paraît que les ingrédients ont été génétiquement modifiés pour pouvoir être cultivés dans l’environnement martien.
C’est vrai que le goût est différent.
Une chose reste sûre, ça donne toujours autant envie d’aller pisser.
Ha ha ha…
Bonne dégustation !
Merci.
Ça me donne une idée.
Quoi donc ?
Cette bière.
On pourrait en commander quelques bouteilles pour Robert.
Après réflexion, non.
Je m’occuperai de Robert à ma manière.
Heu… Pas de bière et pas de coucherie ?
Rolala, c'est pas fun !
Rien ne t’empêche de commander quelques bouteilles et de flirter avec lui.
La priorité, c’est de s’assurer qu’il soit de notre côté. Ensuite seulement, on l’aidera avec nos moyens.
Tu parles comme s’il y avait des divisions au sein de la station.
Elles ne sont pas à exclure de l’équation.
Nous sommes une petite communauté en guerre, isolée de la Terre, avec des autorités civiles et militaires qui cohabitent et obéissent chacune à leurs propres règles. Des règles qui ne sont pas toujours compatibles avec notre situation actuelle.
Il peut y avoir des conflits.
Et dans ce cas, disposer d’une force armée à nos côtés est un atout non négligeable.
C’est vrai.
On est démunies, et l’Enterprise pourrait devenir une cible privilégiée.
Je vois qu’on se comprend.