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Épisode 20. En orbite

Tome 1 - Épisode 20 - En orbite

Contexte

Temps universel coordonné
Lundi 15 juillet 2024 - 19:24
Lieu
  • Terre
  • Bruxelles
  • USS Mercator
  • Passerelle
Trame
Ligne Temporelle Inconnue
Résumé des épisodes précédents

Pris au piège dans l’onde de choc nucléaire qui a ravagé Bruxelles, le Mercator lutte pour ne pas être désintégré. Agnes et Corda exécutent une manœuvre désespérée : déclencher une torpille à l’arrière pour échapper à l’aspiration du champignon atomique. Les boucliers s’effondrent, l’équipage est à bout de forces, mais une ultime plongée contrôlée semble leur unique chance de survie.

Personnages

Nom Affiliation / Branche Titre / Grade
Agnes V. Rodriguez OTAN / Flotte Spéciale Capitaine
Éric Corda OTAN / Flotte Spéciale Lieutenant-Commandeur
Émilie Flores OTAN / Flotte Spéciale Enseigne
Charlène Savea OTAN / Flotte Spéciale Lieutenant
Manu OTAN / Flotte Spéciale Civil réquisitionné
Victor S. Calpel OTAN / Flotte Spéciale Docteur

Manifeste

USS Mercator
Affiliation OTAN
Localisation Au Cœur du champignon atomique à Bruxelles
Capitaine Agnes V. Rodriguez
Premier officier Angie Chen
Pilote Éric Corda
Communications Émilie Flores
Opérations Charlène Savea
Armement avancé Eros Vitos
Infirmerie Victor S. Calpel
Technicien de surface Manu
Passagers
  • 12.000 Réfugiés (Estimation)
  • Dirigeants (Hillary Clinton et autres Chefs d'état)

TL;DR

Le Mercator parvient à s’arracher du chaos nucléaire et à atteindre l’orbite basse, mais dans un état critique. Tandis que l’équipage épuisé lutte pour rétablir un semblant de contrôle, Agnes descend vers le module 3, accompagnée de Manu, afin de retrouver Angie… dont le sort reste incertain.

Récit

Depuis près de deux minutes, le Mercator se bat dans le stipe du champignon atomique.

L’aspiration nous retient toujours dans cette colonne de gaz, de poussière et de débris qui monte au-dessus de Bruxelles.

Nos boucliers continuent de se régénérer, mais beaucoup trop lentement pour compenser ce qu’ils encaissent.

Les moteurs sont poussés à leur limite.

La structure entière proteste.

Et nous sommes maintenant au bord du décrochage.

Une torpille vient d'être larguée depuis le lanceur arrière du vaisseau.

Cinq cents mètres.

C’est la distance qu’Eros lui a donnée avant l’explosion.

Si mon idée fonctionne, elle cassera suffisamment l’aspiration pour nous libérer.

Après ça, le Mercator tombera.

Et c’est précisément ce que j’attends de lui.

Je reste sanglée au deuxième poste de pilotage, les deux mains sur les interfaces.

À côté de moi, Éric maintient les commandes principales.

Personne ne parle.

On attend.

Puis la torpille explose.

Le choc traverse l’arrière du Mercator comme un coup de masse.

Mon harnais me cisaille brutalement les épaules.

Quelque chose claque derrière moi.

Les lumières vacillent.

La passerelle entière tremble.

Et soudain, je le sens.

Cette force qui nous retenait vient de lâcher.

Pas progressivement.

D’un coup.

Le Mercator n’a plus rien pour le soutenir.

Sa vitesse est trop faible, son axe beaucoup trop incliné.

La proue bascule.

La coque gémit jusque sous mes pieds tandis que plusieurs milliers de tonnes cessent de lutter contre la chute.

Cette fois, on décroche pour de bon.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

On est libres !

L’aspiration a lâché !

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Ne cherchez pas à le retenir.

Laissez-le tomber.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Reçu.

La proue plonge davantage.

Soixante degrés.

Soixante-dix.

Puis l’axe du Mercator se rapproche dangereusement de la verticale.

Mon poids écrase le harnais.

J’ai du mal à reprendre mon souffle.

Mes avant-bras se raidissent tandis que je maintiens mes mains sur les commandes de propulsion et d’attitude.

Éric respire fort à côté de moi.

Lui aussi encaisse.

Le Mercator, lui, hurle.

Chaque vibration remonte dans mon siège.

Chaque craquement me fait attendre celui qui sera de trop.

Je connais ces bruits.

Je connais mon vaisseau.

Et pour l’instant, malgré tout ce que je viens de lui demander, il tient.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Trois cent cinquante-deux kilomètres heure.

Altitude : dix mille sept cent vingt-sept mètres.

Inclinaison : quatre-vingt-sept degrés.

Presque à la verticale.

Exactement ce qu’il nous fallait.

Et exactement le genre de phrase qui devrait me faire interner si on survit à ça.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Maintenez l’axe.

On le laisse prendre de la vitesse.

Agnes Rodriguez et Éric Corda aux commandes de l'USS Mercator pendant sa plongée vers Bruxelles.

Éric ne répond même plus.

Il n’en a pas besoin.

Ses mains restent sur les interfaces et il accompagne chaque mouvement que j’impose au vaisseau.

Moi, je garde les yeux sur la trajectoire simulée.

La vitesse grimpe.

L’altitude, elle, disparaît à une allure beaucoup moins réjouissante.

Je résiste à l’envie de corriger trop tôt.

Encore quelques secondes.

Quelques foutues secondes.

Le Mercator continue sa plongée presque verticale.

L’air siffle autour de la coque qui s'enflamme.

Les vibrations deviennent plus sèches, plus rapides.

La structure grince, proteste sous les contraintes… mais tient.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Sept cent vingt-sept kilomètres heure.

Six mille cinq cent quatre-vingt-dix-sept mètres.

Soixante-trois degrés.

Sa voix est plus courte qu’avant.

Plus tendue aussi.

Chaque chiffre sort entre deux respirations.

Le harnais lui écrase le torse autant qu’à moi.

Je jette un coup d’œil à la trajectoire simulée.

Le sol remonte beaucoup trop vite sur l’affichage.

Mais cette fois, nous avons de la vitesse.

Assez pour commencer.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Propulseurs d’attitude.

On commence à redresser.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Propulseurs d’attitude engagés.

J’agis sur les commandes.

Doucement.

Pas parce que j’ai envie d’être douce avec lui.

Parce que si je lui demande tout d’un coup, je risque de le casser en deux.

Le Mercator répond avec un retard qui me paraît interminable.

Puis son axe commence enfin à remonter.

Très lentement.

Beaucoup trop lentement.

Je sens chaque correction dans mon siège.

Chaque réaction de la coque remonte jusque dans mes bras.

Il ne veut pas tourner.

Pas à cette vitesse.

Pas avec tout ce qu’il vient d’encaisser.

Mais il tourne.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Activez les propulseurs verticaux de la soucoupe.

Tout ce qu’ils peuvent donner.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Propulseurs verticaux enclenchés.

Le changement est immédiat.

La soucoupe entière se met à vibrer sous mes pieds.

Le Mercator lutte maintenant contre sa propre chute.

Il se cabre comme une bête blessée qu’on force à se relever alors qu’elle devrait rester au sol.

Mon corps s’enfonce dans le siège.

Le harnais me mord les épaules.

Ma respiration se coupe net.

Je serre les dents et garde les mains sur les interfaces.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Mille quatre cent vingt-cinq.

Deux mille vingt-trois mètres.

Vingt-et-un degrés.

Cette fois, Éric ne prend même plus la peine de préciser les unités.

Je sais exactement ce qu’il me donne.

Et ce que ces chiffres signifient.

Nous allons vite.

Nous descendons toujours.

Mais l’axe revient.

L'USS Mercator plonge vers Bruxelles tandis qu'Agnes Rodriguez et Éric Corda tentent de redresser sa trajectoire.

Les alarmes se mélangent aux craquements de la structure.

Une odeur de chaud envahit la passerelle.

De la sueur me coule dans les yeux.

Je cligne rapidement des paupières sans lâcher les commandes.

Le Mercator continue de redresser son axe.

Mètre après mètre.

Degré après degré.

Je sens qu’il arrive au bout de ce qu’il peut encaisser.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Tenez bon !

Ce n’est pas le moment de flancher !

Éric ne répond pas.

Le Mercator non plus.

Mais aucun des deux ne lâche.

Sur la trajectoire simulée, le sol se rapproche maintenant à une vitesse effrayante.

Je n’ai plus besoin des chiffres d’Éric pour comprendre que nous arrivons au bout.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

On arrive très bas !

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Continuez !

Je maintiens la correction.

Une seconde de plus.

Puis encore une.

La ligne de trajectoire s’aplatit enfin sur l’écran.

Je la fixe sans respirer.

Puis elle remonte.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Ça remonte !

À moins de trois cents mètres du sol et à plus de deux mille cinq cents kilomètres heure, le Mercator arrache enfin sa trajectoire à la chute.

La manœuvre est violente, presque contre nature.

Mais le vaisseau obéit.

Je relâche progressivement les commandes d’attitude.

Pas question de lui demander davantage que nécessaire.

Nous remontons.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Trajectoire ascendante.

On est sortis de la chute.

Je laisse passer une respiration.

Une seule.

Le plus dur est derrière nous, mais nous sommes encore beaucoup trop près du sol pour nous croire sauvés.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Charlène, état énergétique.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Les boucliers récupèrent depuis qu’on s’éloigne du champignon.

Pour le reste, on est presque partout dans le rouge.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Gardez ce qu’il faut aux boucliers et aux systèmes vitaux.

Tout le reste à la propulsion.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Jusqu’où ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Jusqu’en orbite.

C’était le plan depuis que j’ai renoncé au bunker.

Ne pas chercher ailleurs où nous poser.

Quitter l’atmosphère.

Éric engage tout ce que Charlène parvient encore à envoyer vers la propulsion.

Le Mercator accélère sa montée.

C’est à ce moment-là qu’un flash apparaît au loin.

Cette fois, il ne nous engloutit pas.

Il éclaire simplement une partie de l’horizon.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Deuxième impact !

Trente-deux kilomètres au sud-ouest !

Une nouvelle colonne commence à se former au-dessus de la zone frappée.

Et elle monte droit vers notre trajectoire.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Elle va nous couper la route.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Contournez-la.

On ne retourne pas là-dedans.

Éric décale notre trajectoire tout en maintenant la montée.

Le second champignon grandit rapidement sur le côté de l’affichage, puis commence enfin à s’éloigner.

Nous passons à côté.

Cette fois, il ne nous attrape pas.

Au-dessus de nous, le ciel s’assombrit progressivement.

Le bleu laisse place au noir.

Les vibrations s’atténuent à mesure que l’atmosphère se raréfie.

Quelques minutes plus tard, le Mercator atteint enfin l’orbite basse.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Monsieur Corda…

Stabilisez notre position.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Oui, capitaine.

Je retire mes mains des interfaces.

Elles tremblent.

La passerelle est méconnaissable.

Des débris jonchent le sol. Plusieurs consoles sont éteintes, d’autres ne montrent plus que des parasites. Les lumières de secours vacillent faiblement.

Charlène repose sa tête sur son poste. Éric s’affaisse dans son siège. Émilie est allongée à même le sol.

Personne ne célèbre notre arrivée en orbite.

Nous essayons seulement de reprendre notre souffle.

Je regarde l’écran principal couvert de neige.

Et quelque chose me revient brutalement.

Angie.

Merde.

Angie.

Je me redresse d’un coup.

La fatigue disparaît derrière une montée d’adrénaline beaucoup moins agréable.

La dernière fois que j’ai parlé à Angie, elle était dans le module 3.

Depuis, plus rien.

Je traverse la passerelle et m’accroupis près d’Émilie.

Elle ouvre à peine les yeux lorsque je la secoue par l’épaule.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Émilie.

Debout.

J’ai besoin de vous.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Heu… capitaine ?

On est où ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

En orbite.

Essayez de joindre la commandeur Chen.

Elle est dans le module 3.

Émilie se hisse jusqu’à son poste et tente d’activer sa console.

Rien.

Elle insiste.

Toujours rien.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Ma console ne démarre plus.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Charlène.

Vérifiez-moi au moins si le module 3 est toujours accroché.

Charlène relève péniblement la tête et passe d’un écran mort à l’autre.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

J’essaie.

Donnez-moi une seconde.

Elle change de console.

Puis encore une.

Son expression me donne la réponse avant qu’elle ouvre la bouche.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Je ne peux pas vous le confirmer.

Toutes les consoles sont hors ligne.

Super.

Nous avons réussi à mettre le Mercator en orbite et nous sommes maintenant incapables de savoir si un morceau entier du vaisseau est toujours avec nous.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Émilie, sous votre poste.

Il y a des talkies-walkies de secours.

Lancez-m’en un et gardez l’autre.

Elle fouille sous sa console et me tend l’appareil.

Un vieux truc à antenne qui paraît soudain beaucoup plus moderne que tout ce qui nous entoure.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Je vais au module 3.

Vous trois, remettez-moi cette passerelle en état de fonctionner.

À mon retour, je veux savoir exactement ce qu’il reste du Mercator.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

À vos ordres, capitaine.

Je rejoins l’ascenseur.

J’appuie sur la commande.

Rien.

Évidemment.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Éric.

Venez m’aider.

Il se lève avec toute l’élégance d’un homme qui vient de se faire passer au mixeur et me rejoint devant les portes.

Nous glissons les doigts dans l’interstice et tirons ensemble.

Agnes Rodriguez et Éric Corda forcent l’ouverture des portes de l’ascenseur de la passerelle de l’USS Mercator.

Les portes finissent par céder.

Derrière, pas de cabine.

Seulement la cage d’ascenseur, plongée dans une semi-obscurité, et les câbles qui descendent vers les ponts inférieurs.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

L’ascenseur n’est plus alimenté.

On est coincés ici.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Vous, peut-être.

Je regarde le câble principal.

Puis le vide.

Puis de nouveau le câble.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Je descends par là.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Capitaine…

Vous venez de nous faire frôler le sol à plus de deux mille cinq cents kilomètres heure.

Vous pourriez peut-être vous reposer cinq minutes avant de vous jeter dans une cage d’ascenseur.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Les sports extrêmes, c’est mon truc.

Ça, c’est presque des vacances.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Si vous le dites…

J’abandonne mon pardessus sur le seuil.

Il ne ferait que m’encombrer.

Puis je retire la ceinture de mon pantalon et la passe autour du câble.

Ce n’est pas exactement le matériel homologué que j’aurais choisi pour ce genre d’exercice.

Mais aujourd’hui, on fait beaucoup de choses qui ne figurent probablement dans aucun manuel.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Soyez prudente.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Je vais essayer.

Je m’engage dans la cage.

La ceinture serre le câble et freine ma descente pendant que je me laisse glisser vers les ponts inférieurs.

Mes bras protestent immédiatement.

Après ce qu’ils viennent d’encaisser sur la passerelle, ils avaient probablement imaginé que leur journée était terminée.

Plus bas, j’aperçois enfin le toit de la cabine immobilisée.

Je prends appui dessus, ouvre la trappe de secours et me laisse tomber à l’intérieur.

Le levier d’ouverture manuelle résiste.

Je tire une première fois.

Puis une deuxième.

Les portes finissent par s’écarter.

Je sors dans le couloir principal.

Et je m’arrête net.

Sur la passerelle, je savais que le vaisseau avait souffert.

Ici, je découvre ce que ça signifie pour les gens qui sont à l’intérieur.

Le couloir est bondé.

Des centaines de réfugiés se serrent contre les cloisons ou restent assis à même le sol. Certains pleurent. D’autres appellent quelqu’un. Des blessés attendent pendant que des membres d’équipage et des civils improvisent comme ils peuvent.

Partout, il y a du bruit.

Des voix.

Des gémissements.

Des enfants qui pleurent.

Je reste une seconde au milieu de tout ça.

Une seule.

Puis je recommence à avancer.

Un peu plus loin, un homme en tenue médicale est agenouillé près d’un blessé allongé sur le sol.

Sa jambe est couverte de sang.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Comment va-t-il, docteur ?

Dr. Victor S. Calpel Infirmerie USS Mercator

Mal.

Les protocoles de sécurité ont verrouillé les infirmeries.

On soigne les gens avec ce qu’on trouve.

Et là, je n’ai même plus de quoi faire un garrot correctement.

Je baisse les yeux vers le blessé.

Puis vers les dizaines d’autres personnes qui remplissent le couloir derrière lui.

Nous avons réussi à atteindre l’orbite.

Maintenant, il va falloir survivre à l’intérieur du vaisseau.

Et au milieu du vacarme, une voix familière finit par me parvenir.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Agnèèèes…

C’est toi ?

Je reconnais immédiatement la voix.

Je me retourne.

Manu se tient quelques mètres plus loin, coincé entre deux groupes de réfugiés.

Il a l’air secoué, mais c’est bien le même Manu que j’ai croisé dans les douches.

Ce qui, étrangement, me rassure.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Oooh, Manu.

Tu es là.

Tu vas bien ?

Tu n’es pas blessé ?

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Heu… non.

Ça va.

Il me dévisage quelques secondes.

Puis son regard descend sur mon uniforme, remonte sur mon visage et se bloque.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Attends…

C’est toi, la capitaine ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Oui.

C’est bien moi, la putain de capitaine Rodriguez.

Je t’expliquerai plus tard.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Ah.

D’accord.

Il encaisse l’information avec une facilité presque admirable.

Ou alors il n’a simplement plus assez d’énergie pour être surpris correctement.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Attends-moi deux secondes.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

OK.

J’attends.

Je reporte mon attention sur le docteur et son patient.

Le sang continue de s’étendre sous la jambe du blessé.

Je baisse les yeux sur mon pull.

Bon.

Il a connu une meilleure carrière.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Docteur.

Prenez ça.

Faites-en un garrot.

J’enlève mon pull et le lui tends.

Il ne me reste plus que ma brassière bordeaux sur le haut du corps.

Pas exactement la tenue réglementaire d’un capitaine.

Mais aujourd’hui, j’ai cessé de compter les règlements qu’on maltraite.

Dr. Victor S. Calpel Infirmerie USS Mercator

Merci, capitaine.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Vous avez croisé des officiers dans le secteur ?

Dr. Victor S. Calpel Infirmerie USS Mercator

Non.

Pas depuis que tout s’est verrouillé.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Manu ?

Et toi ?

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Non.

Enfin… il y en avait dans l’autre section.

Mais elle est verrouillée maintenant.

Encore un secteur isolé.

Encore quelque chose que la passerelle ne pouvait plus voir.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

D’accord.

Je vais essayer de comprendre ce qui fonctionne encore.

Je sors le talkie-walkie de ma poche.

Autour de moi, le couloir est tellement bruyant que je dois presque le coller contre mon visage.

Dans le couloir principal de l'USS Mercator, Agnes Rodriguez contacte la passerelle avec un talkie-walkie.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Allô Émilie.

Ici Rodriguez.

Vous me recevez ?

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Audio via talkie-walkie

Oui, capitaine.

Mais très mal.

Il y a énormément de parasites.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Où en êtes-vous avec les consoles ?

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Audio via talkie-walkie

On a trouvé le problème.

Le générateur principal a probablement encaissé une surtension.

Le système a coupé automatiquement tout ce qu’il considère comme non vital.

Il faut joindre la salle des machines.

Donc le Mercator n’est pas complètement mort.

Il s’est mis en mode survie tout seul.

Pour une fois, quelque chose fonctionne comme prévu.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Compris.

Essayez de joindre l’ingénierie.

Je continue vers le module 3.

Rodriguez, terminé.

Je baisse le talkie.

Manu me regarde avec un air pensif.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Tu devrais peut-être changer de fréquence.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Tu crois ?

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

On ne sait jamais.

Avec ces vieux talkies, ça marche quand ça veut bien.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

On verra ça plus tard.

Viens avec moi.

Je vais au module 3 et j’aurai peut-être besoin d’aide.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

OK.

Je te suis.

Manu se met en marche à côté de moi.

Nous avançons entre les réfugiés pendant que, derrière nous, le docteur s’occupe de son patient avec mon pull.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Heu… au fait.

Je dois t’appeler capitaine, maintenant ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Fais comme tu le sens, Manu.

Tu n’es pas officier.

Tu n’as aucune obligation.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Dans ce cas, je garde Agnes.

C’est plus cool.

Je souris malgré moi.

Après ce qu’on vient de traverser, entendre quelqu’un me parler normalement fait presque bizarre.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Et… sympa, la brassière.

Ça te donne un look d’enfer.

Je baisse les yeux.

Ah oui.

Le pull.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Heu… merci, Manu.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

De rien.

Pourquoi on va au module 3 ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

La commandeur Chen est là-bas.

Et nous n’avons plus aucune nouvelle d’elle depuis l’évacuation.

Rien que de le dire me serre l’estomac.

Angie aurait dû rappeler depuis longtemps.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Pourquoi tu ne demandes pas aux équipes de sécurité du bunker de venir nous aider ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Parce qu’on n’est pas dans le bunker, Manu.

On est en orbite autour de la Terre.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Quoi ?!

Ne me dis pas qu’on est dans l’espace !

Comment c’est possible ?

Manu s’arrête tellement net que je fais encore deux pas avant de m’en rendre compte.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

L’évacuation ne s’est pas exactement déroulée comme prévu.

Je reprends ma route.

Manu reste planté là une seconde, puis me rejoint.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Mazette…

Et on va rester dans l’espace ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Pour le moment, on ne va nulle part.

Pas tant qu’on n’aura pas repris le contrôle du vaisseau.

Nous quittons le couloir principal et empruntons l’accès qui mène aux baies modulaires.

Ici, le vacarme des réfugiés s’éloigne peu à peu derrière nous.

L’éclairage de secours donne aux cloisons une drôle de couleur grisâtre.

Je connais le chemin.

Je pourrais le parcourir les yeux fermés.

Mais aujourd’hui, chaque porte qui refuse de s’ouvrir et chaque lumière qui reste éteinte me rappelle que ce n’est plus tout à fait le même Mercator.

Nous arrivons enfin devant l’accès du module 3.

Mon regard tombe immédiatement sur le voyant de la baie.

Vert.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Ouf…

Il est toujours là.

Après tout ce qu’on vient d’encaisser, c’est déjà une sacrée bonne nouvelle.

Je m’avance devant le sas.

Il ne s’ouvre pas.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Il est verrouillé ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Oui.

À droite du sas, le clavier de sécurité fonctionne encore.

Au moins quelque chose.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Tu peux l’ouvrir ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Normalement, oui.

Je tends la main vers le panneau.

L’écran du clavier clignote.

Puis un message apparaît.

VERROUILLAGE D’URGENCE.

ACCÈS RESTREINT.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

C’est normal ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Non.

Je sélectionne l’accès de commandement.

Le système me demande mon identifiant, puis ma clé d’autorisation.

Je les entre immédiatement.

Un bip retentit.

Puis plus rien.

Une seconde passe.

Puis une deuxième.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Il réfléchit longtemps.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Beaucoup trop.

L’écran change enfin.

Un décompte apparaît.

5…

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

Pourquoi ça compte à rebours ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Excellente question.

4…

Un cliquetis métallique résonne derrière la porte.

3…

Un verrou se libère.

Puis un deuxième.

2…

Manu recule d’un pas.

Je reste devant l’accès.

1…

La porte du sas côté Mercator se déverrouille dans un bruit sourd.

Puis elle s’ouvre lentement.

Un courant d’air froid s’échappe du passage intermédiaire.

L’éclairage du sas vacille faiblement.

Manu Civil réquisitionné USS Mercator

On y va ?

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Oui.

Je jette un regard à Manu.

Puis nous pénétrons dans le sas d’accès au module 3.