Épisode 20. En orbite
Contexte
- Temps universel coordonné
- Lundi 15 juillet 2024 - 19:24
- Lieu
-
- Terre
- Bruxelles
- USS Mercator
- Passerelle
- Trame
- Ligne Temporelle Inconnue
- Résumé des épisodes précédents
-
Pris au piège dans l’onde de choc nucléaire qui a ravagé Bruxelles, le Mercator lutte pour ne pas être désintégré. Agnes et Corda exécutent une manœuvre désespérée : déclencher une torpille à l’arrière pour échapper à l’aspiration du champignon atomique. Les boucliers s’effondrent, l’équipage est à bout de forces, mais une ultime plongée contrôlée semble leur unique chance de survie.
Personnages
| Nom | Affiliation / Branche | Titre / Grade |
|---|---|---|
| Agnes V. Rodriguez | OTAN / Flotte Spéciale | Capitaine |
| Éric Corda | OTAN / Flotte Spéciale | Lieutenant-Commandeur |
| Émilie Flores | OTAN / Flotte Spéciale | Enseigne |
| Charlène Savea | OTAN / Flotte Spéciale | Lieutenant |
| Manu | OTAN / Flotte Spéciale | Civil réquisitionné |
| Victor S. Calpel | OTAN / Flotte Spéciale | Docteur |
Manifeste
| USS Mercator | |
|---|---|
| Affiliation | OTAN |
| Localisation | Au Cœur du champignon atomique à Bruxelles |
| Capitaine | Agnes V. Rodriguez |
| Premier officier | Angie Chen |
| Pilote | Éric Corda |
| Communications | Émilie Flores |
| Opérations | Charlène Savea |
| Armement avancé | Eros Vitos |
| Infirmerie | Victor S. Calpel |
| Technicien de surface | Manu |
| Passagers | 12.000 Réfugiés (Estimation) Dirigeants (Hillary Clinton et autres Chefs d'état) |
TL;DR
Le Mercator parvient à s’arracher du chaos nucléaire et à atteindre l’orbite basse, mais dans un état critique. Tandis que l’équipage épuisé lutte pour rétablir un semblant de contrôle, Agnes descend vers le module 3, accompagnée de Manu, afin de retrouver Angie… dont le sort reste incertain.
Récit
L’instant est critique.
Nous avons encaissé l’onde de choc, mais désormais, c’est une autre menace qui nous broie. Depuis près de deux minutes, le Mercator est piégé dans le stipe — cette colonne infernale de gaz surchauffés qui nous aspire toujours plus profondément vers le cœur du champignon. En théorie, elle devrait s’atténuer… mais nous n’avons plus le luxe d’attendre.
Nos boucliers s’effritent à vue d’œil. Chaque alerte qui s’affiche sur les écrans le confirme. Si nous restons prisonniers une seconde de plus, nous finirons désintégrés ou projetés comme un vulgaire débris, abandonnés à la gravité.
La torpille de Vitos explose à l’arrière du vaisseau.
L’impact est brutal. En un instant, notre inertie bascule. Nous sommes violemment projetés vers le sol, happés par une gravité qui ne pardonne pas. La passerelle tremble sous la violence du choc et je me cramponne à la seconde console de pilotage.
À mes côtés, le lieutenant-commandeur Corda suit mes manœuvres au millimètre. Ses doigts courent sur les commandes, sa respiration est courte, tendue, mais maîtrisée.
Nous sommes seuls face à la trajectoire.
Seuls face à cette chute qui pourrait être la dernière.
Vitesse : trois cent cinquante-deux kilomètres heure, en accélération.
Altitude : dix mille sept cent vingt-sept mètres.
Inclinaison : quatre-vingt-sept degrés, capitaine.
Bien, Corda.
Conservez le cap.
Le vaisseau entier vibre sous la contrainte. Les mains crispées sur les commandes, je sens mon corps s’écraser contre le siège. Chaque muscle est tiré à l’extrême par l’accélération brutale. L’air devient plus lourd. Chaque inspiration coûte un effort supplémentaire.
La structure du vaisseau grince, proteste… mais tient.
Vitesse : sept cent vingt-sept kilomètres heure.
Altitude : six mille cinq cent quatre-vingt-dix-sept mètres.
Inclinaison : soixante-trois degrés.
Activez les propulseurs verticaux de la soucoupe.
Je redresse progressivement le manche.
Le Mercator se cabre, luttant comme une bête blessée contre l’attraction terrestre qui cherche à nous broyer. Un seul faux mouvement, et nous plongerons tête la première à une vitesse impossible à enrayer. Les capteurs hurlent, les écrans clignotent, mais je ne les regarde plus.
Il ne reste que la trajectoire. La sensation du manche entre mes doigts.
Et cette certitude brutale : si nous échouons maintenant, c’est terminé.
Propulseurs verticaux de la soucoupe enclenchés.
Vitesse : mille quatre cent vingt-cinq kilomètres heure.
Altitude : deux mille vingt-trois mètres.
Inclinaison : vingt-et-un degrés.
Tenez bon !
Ce n’est pas le moment de flancher !
À moins de trois cents mètres du sol, à une vitesse dépassant les deux mille cinq cents kilomètres heure, le Mercator se redresse enfin. La manœuvre est violente, presque contre nature, mais le vaisseau obéit.
Nous reprenons de l’altitude, arrachant de justesse notre trajectoire à la gravité, puis contournons le second champignon radioactif qui s’est formé à une trentaine de kilomètres du premier impact. Les systèmes sont à bout, la structure fragilisée, mais le Mercator tient encore.
Dans un état précaire, nous parvenons péniblement à atteindre l’orbite basse de la Terre.
Je relâche enfin la pression sur les commandes.
Monsieur Corda… stabilisez notre position.
Sur la passerelle, le chaos règne alors que nos ressources énergétiques s’épuisent. Les lumières de secours vacillent puis s’éteignent les unes après les autres. Des débris jonchent le sol, des sièges ont été arrachés de leurs fixations.
Mes officiers sont à bout.
Charlène a la tête posée sur sa console. Éric, affalé dans son siège, laisse pendre ses bras sans force. Émilie s’est allongée à même le sol. Notre situation est loin d’être rassurante.
Quant à moi, mon regard se fige sur l’écran principal, qui ne diffuse plus que de la neige.
Soudain, une pensée me traverse l’esprit.
Angie.
Je l’ai complètement oubliée.
D’un bond, je traverse la passerelle et me penche sur Émilie, que j’aide à se redresser tant bien que mal sur son siège.
Émilie… Émilie, réveillez-vous !
Heu… capitaine ?
On est où ?
Ressaisissez-vous.
Essayez d’entrer en contact avec la commandeur Chen, dans le module 3.
Ma console ne s’allume plus, capitaine.
Charlène, vérifiez si le module 3 est toujours arrimé au vaisseau.
J’ai besoin d’un peu de temps, capitaine.
Dépêchez-vous, s’il vous plaît, Charlène.
Je… je ne peux pas vous le dire, capitaine.
Toutes les consoles sont hors ligne.
Émilie, vous avez un contact ?
Non, capitaine.
Le lieutenant Savea a raison. Nos consoles sont coupées.
Émilie, lancez-moi un talkie-walkie qui se trouve sous votre poste, et prenez-en un pour vous.
Je vais aller moi-même au module 3. Nous resterons en contact.
En attendant, essayez de remettre la passerelle en état de fonctionnement avec Charlène et Éric.
À mon retour, je veux un état des lieux complet du Mercator.
À vos ordres, capitaine.
Éric… la porte de l’ascenseur est coincée.
Venez m’aider à l’ouvrir.
Il semblerait que nous soyons bloqués sur la passerelle, capitaine.
L’ascenseur n’est plus alimenté.
Ce n’est pas ça qui va m’arrêter.
Je vais me laisser glisser le long de ce câble jusqu’au niveau du couloir principal.
Merci pour l’aide, Éric.
Retournez à vos tâches. Je vais me débrouiller pour descendre.
Soyez prudente, capitaine.
Ça a l’air dangereux.
Les sports extrêmes, c’est mon truc.
Descendre par une cage d’ascenseur, c’est un jeu d’enfants, Éric.
Si vous le dites…
Bonne chance, capitaine.
Pour descendre jusqu’en bas, j’abandonne mon pardessus à l’entrée de l’ascenseur. Je défais la ceinture de mon pantalon. Autour du câble, elle devient mon point d’ancrage. Mon assurance vie.
Le câble est sécurisé. La ceinture est prête à supporter mon poids.
Je prends une profonde inspiration, puis je me lance dans le vide.
À chaque mètre gagné, je resserre instinctivement la ceinture autour du câble, créant une résistance calculée pour ralentir ma descente. Lorsque j’atteins le toit de la cabine, j’ouvre la trappe et m’y glisse à l’intérieur. Dans l’étroitesse de l’espace, j’actionne le levier de l’ouverture manuelle.
Quelques secondes plus tard, j’émerge enfin dans le couloir principal du vaisseau.
La stupeur me frappe de plein fouet.
Des centaines de personnes s’y sont entassées. Les cris et les pleurs résonnent dans l’espace confiné, me glaçant le sang. Je me fraye un passage jusqu’à un infirmier penché sur un homme allongé au sol, les dents serrées par la douleur.
Comment va-t-il, docteur ?
Mal, capitaine.
Avec les protocoles de sécurité, nous n’avons plus accès aux infirmeries, et nous manquons cruellement de matériel.
Je n’ai plus de garrot pour sa jambe. Il perd trop de sang.
La gravité de la situation est telle que je détourne un instant le regard du docteur pour embrasser l’agitation autour de moi.
Puis, soudain, une voix familière émerge du tumulte.
Agnèèèes… c’est toi ?
Oooh, Manu.
Tu es là ? Je suis heureuse de te revoir.
Tu vas bien ?
Tu n’es pas blessé ?
Heu… heu…
C’est toi, la capitaine ?
Je t’expliquerai plus tard, Manu.
Mais oui… c’est bien moi la putain de capitaine Rodriguez.
Attends deux secondes, s’il te plaît.
Ok. J’attends.
Docteur, prenez mon pull et improvisez un garrot sur votre patient.
Je vais tenter de restaurer les accès aux secteurs du vaisseau.
Vous avez croisé des officiers dans le coin ?
Non, pas dans ce secteur, capitaine.
Et toi, Manu ?
Non… mais il y en a dans l’autre section.
Enfin… il y en avait. Elle est verrouillée.
Merci, Manu.
Patiente encore deux secondes, je contacte la passerelle.
Allô Émilie, ici Rodriguez. Vous me recevez ?
Oui, capitaine, je suis là. Mais il y a beaucoup de parasites, je vous entends très mal.
Où en êtes-vous avec les consoles ?
C’est le générateur principal qui pose problème.
S’il y a eu une surtension, il coupe automatiquement tous les systèmes non vitaux.
Il faut contacter la salle des machines.
Compris. Merci, Émilie.
Rodriguez, terminé.
Tu devrais peut-être changer de fréquence.
Tu crois ?
Oui. On ne sait jamais.
Avec ces vieux talkie-walkies, ça marche quand ça veut bien.
On verra ça plus tard.
Viens avec moi.
On va jusqu’au module 3. J’aurai peut-être besoin d’aide.
OK, je te suis.
Heu… au fait, je dois t’appeler capitaine ?
Fais comme tu le sens, Manu.
Tu n’es pas officier. Tu n’as aucune obligation.
Dans ce cas, je t’appellerai Agnes.
C’est plus cool.
Au passage… elle est pas mal, ta brassière.
Ça te donne un look d’enfer.
Heu… oui.
Merci, Manu.
Qu’est-ce qu’on va faire au module 3 ?
La commandeur Chen est là-bas.
Et on n’a plus aucune nouvelle d’elle depuis l’évacuation.
Pourquoi tu ne demandes pas aux équipes de sécurité du bunker de t’aider ?
Parce qu’on n’est pas dans le bunker, Manu.
On est en orbite autour de la Terre.
Quoi ?!
Ne me dis pas qu’on est dans l’espace !
Comment c’est possible ?
Si.
L’évacuation ne s’est pas exactement déroulée comme prévu.
C’est le prochain couloir à droite, je crois.
Mazette…
Heu oui, l’entrée du module 3 est par là.
Et… on va rester dans l’espace ?
Pour le moment, on ne va nulle part.
Pas tant qu’on n’aura pas repris le contrôle total du vaisseau.
Nous y voilà. Le voyant de la baie est vert.
Ouf…
Nous n’avons pas perdu le module.
Mais l’accès est verrouillé.
Comment on fait pour l’ouvrir ?
Il y a un petit clavier à droite du sas.
Je dois y entrer mes codes de sécurité.
Je tends la main vers le panneau de contrôle, mais il clignote étrangement. L’écran affiche un message d’erreur que je n’ai jamais vu auparavant.
Mon cœur rate un battement.
Verrouillage d’urgence.
Accès restreint.
Ce n’est pas bon signe.
Je respire profondément et saisis mon identifiant, suivie de ma clé de commandement. Un bip retentit. Une seconde passe. Puis deux. L’interface semble hésiter… avant d’afficher un décompte.
5…
4…
3…
Un cliquetis métallique résonne derrière la porte. Quelque chose se déverrouille. Manu recule d’un pas.
2…
1…
Un grondement sourd traverse la structure du sas. Puis, d’un coup sec, la baie se soulève dans un fracas métallique. Un courant d’air froid nous frappe, soulevant la poussière et les débris accumulés au sol. L’éclairage du module vacille.
Puis plus rien.
Un silence pesant s’installe.
Je jette un regard à Manu.
Puis nous pénétrons dans le sas du module 3…