Épisode 12. Mesures spéciales en cours…

Tome 1 - Épisode 12 - Mesures spéciales en cours…

Contexte

Temps universel coordonné
Lundi 15 juillet 2024 - 11:55
Lieu
  • Terre
  • Bruxelles
  • Bunker Otanien #1
  • Hangar
  • USS Mercator
  • Douches
Trame
Ligne Temporelle Inconnue
Résumé des épisodes précédents

Agnes, fragilisée par un malaise après avoir reçu les nouveaux ordres du quartier général, a réquisitionné l’enseigne Eros pour équiper le Mercator de lanceurs de drones DX-01-10. L’ombre d’un conflit imminent se précise.

Personnages

Nom Affiliation / Branche Titre / Grade
Agnes V. Rodriguez OTAN / Flotte Spéciale Capitaine
Manu OTAN / Flotte Spéciale Civil réquisitionné

Manifeste

USS Mercator
Affiliation OTAN
Localisation Amarré dans le bunker #1 (Bruxelles)
Capitaine Agnes V. Rodriguez
Premier officier Angie Chen
Pilote Éric Corda
Communications Émilie Flores
Opérations Charlène Savea
Technicien de surface Manu

TL;DR

Ébranlée par un malaise, Agnes cherche un répit dans les douches du Mercator. Sa rencontre inattendue avec Manu, un civil réquisitionné, lui rappelle le rôle d’un capitaine proche de son équipage. Revigorée, elle reprend la passerelle et adresse un message solennel à tous ses officiers.

Récit

Je traverse à nouveau les couloirs du vaisseau, où l’agitation règne et où le personnel s’active sans relâche.

Je passe par mon bureau pour récupérer un uniforme de rechange car celui que je porte est taché depuis mon malaise dans le bunker.

Le paquet sous le bras, je descends aussitôt vers les ponts inférieurs. Je sais que là-bas, je pourrai me rafraîchir et reprendre un peu de forces.

Je traverse les coursives et les quartiers d’habitation. Tout droit, une porte mène aux douches. Avec l’intensité des activités en cours, l’endroit est désert — ou du moins, je l’espère.

J’entre dans le vestiaire et j’observe autour de moi. Aucun signe de vie. Juste quelques vêtements abandonnés sur un banc.

La capitaine Agnes Rodriguez dans les vestiaires des ponts inférieurs de l'USS Mercator.

Je me hisse sur la pointe des pieds et regarde à travers la vitre donnant sur la salle des douches.

Pas de chance. Il y a quelqu’un.

J’hésite un instant… puis zut. Je me lance.

Je me déshabille et laisse mon uniforme ainsi que mes sous-vêtements sur le banc. Je cherche des serviettes, sans succès. En revanche, je repère un panier de savonnettes.

J’en saisis une, puis mon regard accroche mon reflet dans une glace encastrée dans la cloison.

Je m’arrête.

La femme qui me fait face a mes traits, mais pas mon calme. Les épaules sont trop hautes, la nuque crispée. Les yeux semblent fixer quelque chose qui n’est pas là. Je me redresse par réflexe, posture apprise, militaire. Puis je relâche. Trop vite.

Le froid me mord la peau.

Je croise les avant-bras sur ma poitrine, instinctivement. Un geste simple. Anodin. Le contact, la pression, une sensation familière qui traverse le corps avant même que je ne l’analyse. Et mon esprit décroche.

Ce geste… je ne le fais jamais ainsi. C’est celui d’Angie. Quand elle se glisse contre moi sans un mot. Quand elle cherche ma présence avant même de me chercher du regard. Cette façon qu’elle a de s’assurer que je suis là, bien réelle, vivante. Une chaleur connue. Un rythme partagé. Quelque chose de sûr.

Ma respiration change sans que je m’en rende compte.

Puis tout se fige.

Ce n’est plus mon reflet que je vois dans ce miroir.

C’est une pièce. Nue. Froide.

Une table.

Des sangles.

Un corps maintenu, offert malgré lui à l’immobilité.

Angie.

Pas un cri. Pas un geste. Juste cette posture impossible à oublier. Et tout ce que je sais qu’elle implique.

Je suis là aussi. Quelque part. Présente. Incapable d’agir.

Mon ventre se contracte violemment. Je détourne les yeux du miroir comme s’il venait de me trahir. Mes mains tremblent. L’air me manque.

Agnes se remémore un moment sombre de sa vie.

Je secoue la tête pour chasser l’image, pour revenir ici. Dans le présent, dans ces vestiaires.

Je reprends une posture naturelle et franchis l'entrée des douches.

Je m’approche de l’individu que j'avais aperçu tout à l'heure.

Je l’interpelle.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Excusez-moi… excusez-moi.

Membre de l'équipage

Qu’est-ce qu’il y a ?

Capt. Agnes V. Rodriguez

Savez-vous où se trouvent les serviettes ?

Membre de l'équipage

Si tu n’as pas apporté tes effets personnels, tu trouveras tout le nécessaire à l’intendance, à l’autre bout du vaisseau.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Oooh… d’accord. Je croyais qu’elles étaient fournies.

Membre de l'équipage

C’est le cas. Il faut simplement les demander.

Mais si tu ne fais que te doucher, tu n’as pas forcément besoin de serviette. Il y a les sécheuses juste en face de toi.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Les sécheuses ?

Membre de l'équipage

Oui. C’est comme une douche, sauf qu’au lieu de t’asperger d’eau, elles te soufflent de l’air.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Ha ha… c’est original.

Heureusement, le gars est d’un naturel détendu. N’ayant pas l’habitude de m’aventurer dans cette partie du vaisseau, j’aurais pu me sentir mal à l’aise.

À son tutoiement, je comprends qu’il ne m’a pas reconnue et qu’il ne se doute pas que je suis la capitaine. En tout cas, cela ne semble pas le perturber outre mesure qu’une nana se balade ici en tenue d’Ève.

Je m’installe à côté de lui, sous une poire de douche, et j’ouvre le robinet.

L’eau est glaciale. Elle me procure une sensation de fraîcheur dont j’avais réellement besoin.

Agnes et Manu discutent dans les douches communes des ponts inférieurs du USS Mercator.
Membre de l'équipage

Tu es dans quel secteur ?

Capt. Agnes V. Rodriguez

Quoi ?

Membre de l'équipage

Où est-ce que tu es affectée ? Je ne t’ai jamais vue ici.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Heu… je travaille sur la passerelle.

Membre de l'équipage

Aaah… tu fais partie de ces officiers qui ont l’autorisation de rentrer chez eux après la journée.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Euh… oui. C’est ça. J’habite Bruxelles.

Membre de l'équipage (Civil réquisitionné)

Pas comme moi. J’ai été réquisitionné par l’État. Je ne peux rentrer chez moi qu’une fois par mois.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Ah bon… et tu fais quoi ici ?

Membre de l'équipage (Civil réquisitionné)

Je suis technicien de surface. Je passe la serpillière dans tout le vaisseau.

Si c’est propre ici, c’est grâce à moi.

Capt. Agnes V. Rodriguez

En effet. L’intérieur du vaisseau est d’une propreté exemplaire.

Membre de l'équipage (Civil réquisitionné)

Emmanuel.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Pardon ?

Manu (Civil réquisitionné)

Emmanuel, c’est mon prénom. Mais tu peux m’appeler Manu.

Et toi, c’est comment ton petit nom ?

Capt. Agnes V. Rodriguez

Euh…

Manu (Civil réquisitionné)

Rassure-moi. Tu as bien un prénom ?

Tu n'es pas une espèce d'alien qui prépare une invasion de la Terre et qui n'a pas réfléchi au nom qu'il pouvait se donner ?

Capt. Agnes V. Rodriguez

Non, rien de tel. Je m’appelle Agnes.

Manu (Civil réquisitionné)

Aaah… Agnes. Comme notre putain de capitaine.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Oui… je sais.

Manu (Civil réquisitionné)

Celle-là, je ne peux pas l’encaisser.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Pourquoi dis-tu ça ?

Manu (Civil réquisitionné)

On ne la voit jamais.

C’est toujours sa subordonnée, Chen, qui vient ici à sa place.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Il me semble que c’est son rôle.

Manu (Civil réquisitionné)

Peut-être.

Mais au moins, Chen est sympa. Elle descend souvent dans les ponts inférieurs, elle parle avec l’équipage, elle nous écoute.

Je ne dis pas qu’elle viendrait jusqu’ici s'exhiber dans les douches comme on le fait maintenant… mais au moins, elle est présente.

Capt. Agnes V. Rodriguez

On dirait que tu as une dent contre la capitaine Rodriguez.

Manu (Civil réquisitionné)

Un peu, oui.

On est en guerre. L’équipage a besoin d’un capitaine qui encourage, qui soutient.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Je comprends ton point de vue.

Manu (Civil réquisitionné)

Tu viens ? On va se sécher.

Tu vas voir… c’est génial.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Oui, j'arrive.

Manu (Civil réquisitionné)

Tu es prête ? Accroche-toi. À trois, je lance la machine à fond.

Un… deux… trois…

Capt. Agnes V. Rodriguez

Youhouuuuuuuuu ! C’est démoniaque ce truc !

J’ai l’impression que je vais m’envoler !

Manu (Civil réquisitionné)

Il n’y a rien de mieux pour se remettre en forme. Yeaaaaaah !

Capt. Agnes V. Rodriguez

C’est super agréable, cette sensation d’air qui fouette le corps.

Manu (Civil réquisitionné)

Hein, dis ! Je te l’avais dit : les serviettes, c’est pour les nuls.

Bon… ce n’est pas tout, j’ai encore du taf sur la planchette.

Je suis content de t’avoir rencontrée, Agnes. J’espère qu’on se recroisera un de ces quatre.

Capt. Agnes V. Rodriguez

Merci à toi pour ce moment. J’ai été ravie de te rencontrer, Manu.

Agnes reste sous la sécheuse.

Manu disparaît dans le petit vestiaire. Je reste un instant sous la sécheuse. Je m’agenouille pour reprendre mes esprits et réfléchir à la crise que nous sommes en train de traverser.

Manu m’a ouvert les yeux.

Il faut que je parle à l’équipage.

Sans tarder, je me précipite à mon tour vers le vestiaire et enfile mon nouvel uniforme.

De retour sur la passerelle, je reprends le commandement que j’avais cédé temporairement à Angie. Depuis mon siège, je balaie du regard l’ensemble des postes.

Mon attention se porte sur l’officier des communications. Je lui adresse un signe de tête et lui demande d’ouvrir un canal interne au vaisseau.

L’enseigne Flores s’active aussitôt. Les systèmes répondent rapidement, et bientôt, ma voix résonne dans tout le Mercator.

D’une voix ferme, je transmets les ordres reçus de l’état-major. Je résume la situation, expose les nouvelles directives et insiste sur l’importance de rester vigilants et prêts à agir.

J’encourage l’équipage à maintenir la discipline, à faire preuve de professionnalisme et à travailler ensemble.

Avant de couper la transmission, je les remercie pour leur engagement et leur dévouement… et je leur rappelle toute la confiance que j’ai en chacun d’eux.