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Épisode 27. Manœuvre d'accostage

Tome 1 - Épisode 27 - Manœuvre d'accostage

Contexte

Temps universel coordonné
Mercredi 17 juillet 2024 - 14:54
Lieu
  • Espace
  • Orbite Lunaire
  • USS Mercator
  • Passerelle
Trame
Ligne Temporelle Inconnue
Résumé des épisodes précédents

Après trois jours d’errance et de survie à bord d’un vaisseau en ruine, l’équipage du Mercator atteint enfin l’orbite lunaire. Mais la situation empire : les systèmes tombent les uns après les autres et la coque se disloque. Alors que tout espoir semble perdu, la base stellaire de l’OTAN finit par répondre au signal de détresse et autorise l’approche du Mercator.

Personnages

Nom Affiliation / Branche Titre / Grade
Agnes V. Rodriguez OTAN / Flotte Spéciale Capitaine
Angie Chen OTAN / Flotte Spéciale Commandeur
Éric Corda OTAN / Flotte Spéciale Lieutenant-Commandeur
Émilie Flores OTAN / Flotte Spéciale Enseigne
Charlène Savea OTAN / Flotte Spéciale Lieutenant
Opérateur Base Stellaire OTAN / Base Stellaire N/A

Manifeste

USS Mercator
Affiliation OTAN
Localisation Orbite Lunaire
Capitaine Agnes V. Rodriguez
Premier officier Angie Chen
Pilote Éric Corda
Communications Émilie Flores
Opérations Charlène Savea
Armement avancé Eros Vitos
Infirmerie Victor S. Calpel
Conseiller/Consultant Manu (officieux)
Technicien de surface Manu
Passagers
  • 12.000 Réfugiés (Estimation)
  • Dirigeants (Hillary Clinton et autres Chefs d'état)

TL;DR

Le Mercator, à bout de souffle, est finalement remorqué jusqu’à la base stellaire par une escorte de navettes. Les officiers découvrent émerveillés l’USS Enterprise NCC-1701, un joyau technologique qui ne manquera pas de soulever des questions.

Récit

Quelques minutes à peine se sont écoulées depuis le dernier veuillez patienter de la base stellaire.

Quelques minutes pendant lesquelles personne n’a vraiment bougé.

Le Mercator poursuit sa route en tournant toujours lentement sur lui-même, pendant que nous attendons que quelqu’un, quelque part devant nous, décide enfin de ce qu’il va faire de notre épave.

Le contact avec la base a ravivé une lueur d’espoir.

Mais l’espoir ne répare pas un vaisseau en train de mourir.

Opérateur Communications Base Stellaire OTAN

Canal audio

USS Mercator, nous vous envoyons une escorte de navettes pour le remorquage.

Veuillez vous stabiliser et couper vos moteurs.

Enfin.

Je ferme les yeux une fraction de seconde.

Pas assez longtemps pour dormir.

Juste assez pour laisser passer le soulagement.

Des navettes vont arriver.

À partir de maintenant, notre boulot consiste surtout à être encore là quand elles arriveront jusqu’à nous.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Bien reçu, base stellaire.

Monsieur Corda, vous avez entendu.

Faites en sorte que ce vaisseau cesse de tournoyer comme une toupie.

Ensuite, plus rien.

On coupe les moteurs et on les laisse venir nous chercher.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Stabilisation en cours, capitaine.

Éric pose les mains sur ses commandes.

Cette fois, il ne cherche plus à économiser.

Il corrige.

Le Mercator réagit par petites poussées successives.

La pression contre le côté de mon siège change.

Les étoiles reprennent lentement leur place.

Et à chaque correction, quelque chose d’autre semble s’éteindre.

Un voyant disparaît.

Une console clignote puis reste noire.

Le souffle de la ventilation baisse, revient, puis baisse encore.

Nous sommes en train de brûler ce qu’il reste.

Cette fois, jusqu’à la dernière goutte.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Rotation stoppée.

Moteurs coupés.

Et voilà.

Le Mercator ne fait plus rien.

Il avance encore parce qu’il avançait déjà.

Mais de notre côté, c’est terminé.

Plus de poussée.

Plus de correction.

Plus rien à dépenser.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Capitaine…

Je tourne la tête vers Émilie.

Elle ne regarde pas la base.

Elle regarde sa console.

Ou plutôt ce qu’elle reçoit dessus.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Les systèmes de survie lâchent les uns après les autres.

Je reçois des signalements dans presque tous les secteurs.

Les équipes demandent de l’aide.

Je regarde les quelques indicateurs qui fonctionnent encore.

Ce n’est plus comme tout à l’heure.

Cette fois, certains systèmes ne repartent pas.

La stabilisation vient de prendre ce qu’il restait de disponible.

Et il n’y a plus rien derrière.

Pas de réserve cachée.

Pas de système qu’on pourrait encore sacrifier pour en sauver un autre.

Pas de miracle à bricoler.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Ne répondez pas, Flores.

Elle se retourne vers moi.

Je vois immédiatement qu’elle n’a pas compris.

Ou plutôt qu’elle a très bien compris et qu’elle refuse encore de l’accepter.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Mais…

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Nous n’avons plus rien à leur envoyer.

Ni énergie.

Ni équipe disponible.

Ni solution.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Mais capitaine…

Ils sont en train de mourir !

Je sais.

C’est précisément ça, le problème.

Quelques minutes plus tôt, leur survie dépendait encore de nous.

Maintenant, elle dépend uniquement de la vitesse à laquelle les secours vont arriver.

Et ça, je ne peux plus rien y changer.

Cmdr. Angie Chen Number One USS Mercator

Enseigne Flores.

Obéissez au capitaine.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Mais, commandeur Chen…

Angie ne répond pas.

Elle regarde simplement Émilie.

Et finalement, Émilie baisse les yeux.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

…Bien, commandeur.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Coupez toutes les communications.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

Communications coupées.

Les voix disparaissent.

D’un seul coup.

Pas parce que les problèmes sont réglés.

Simplement parce que nous n’avons plus rien à leur répondre.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Savea.

Coupez tous les systèmes non vitaux.

Y compris ceux de la passerelle.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

À vos ordres.

Charlène commence à couper ce qu’il reste.

Les consoles s’éteignent les unes après les autres.

Les voyants disparaissent.

Les écrans deviennent noirs.

La passerelle perd peu à peu tout ce qui la faisait ressembler à une passerelle.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Tous les systèmes non vitaux sont désactivés, capitaine.

Je regarde l’écran principal.

Il ne sert déjà pratiquement plus à rien.

Alors autant regarder dehors.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Monsieur Corda.

Repliez l’écran principal.

Et relevez les volets de la baie panoramique.

Si on doit attendre, autant admirer la vue avec nos propres yeux.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Écran replié.

Volets relevés, capitaine.

L’écran disparaît lentement dans son logement.

Devant nous, les volets blindés se retirent.

Et l’espace réapparaît.

Pas à travers une caméra.

Pas à travers un affichage corrigé.

Directement derrière la baie panoramique.

Noir.

Immobile.

Immense.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Il ne nous reste plus qu’à attendre.

Reposez-vous tous.

Vous l’avez mérité.

Personne ne discute.

Éric se laisse aller contre son dossier.

Charlène recule légèrement de sa console désormais éteinte.

Émilie reste immobile devant son poste silencieux.

Angie ferme les yeux quelques instants.

Moi, je reste assise.

Et j’attends.

La passerelle est plongée dans un silence presque absolu.

Plus de voix dans les haut-parleurs.

Plus de bips.

Plus de ventilateurs.

Plus de consoles qui réclament notre attention.

Seulement quelques grincements sourds qui remontent parfois de la structure.

Comme si le Mercator respirait encore juste assez pour nous rappeler qu’il n’est pas complètement mort.

La température commence à descendre.

Doucement.

Presque imperceptiblement.

Le froid s’installe sans que personne ne s’en plaigne.

Ce n’est plus important.

Notre survie ne dépend plus d’un ordre.

Ni d’un calcul.

Ni d’une idée géniale sortie de nulle part au dernier moment.

Elle dépend simplement de la vitesse à laquelle les secours vont arriver.

Et puis quelque chose apparaît devant nous.

Au début, ce n’est qu’une masse sombre qui se détache à peine du noir.

Puis les contours deviennent plus nets à mesure que nous approchons.

Vue de la base stellaire de l'OTAN en orbite lunaire.

La base stellaire.

Je savais qu’elle était immense.

Je l’ai déjà vue.

Je sais même parfaitement ce qui nous attend là-bas.

Et pourtant, après tout ce qu’on vient de traverser, elle me paraît différente.

Une structure gigantesque suspendue dans le vide.

Un enchevêtrement de volumes métalliques qui s’élargissent autour d’un immense corps central.

Des niveaux, des quais, des ouvertures et des structures qui se superposent jusqu’à devenir difficiles à distinguer les uns des autres.

Une ville entière dans l’espace.

Assez vaste pour accueillir des centaines de milliers de personnes.

Et après tout ce temps enfermés dans notre carcasse, elle ressemble presque à autre chose.

Quelque chose qu’on aurait fini par ne plus croire réel.

Personne ne parle.

Ce n’est pas nécessaire.

Quatre points lumineux se détachent finalement de la station.

Ils grandissent lentement.

Puis prennent la forme de navettes.

Une.

Puis deux.

Puis quatre.

Elles viennent droit vers nous.

Je les regarde approcher sans bouger.

Pour une fois, je n’ai rien à leur demander.

Rien à anticiper.

Rien à sauver moi-même.

Elles savent ce qu’elles ont à faire.

Les quatre navettes se répartissent autour du Mercator.

L’une après l’autre, elles déploient leurs grappins.

Les attaches viennent se fixer aux extrémités du vaisseau.

Quelques vibrations traversent la coque.

Puis plus rien.

Le remorquage commence.

Lentement.

Régulièrement.

Sans effort de notre part.

Le Mercator avance vers la station comme un navire mort ramené au port.

Devant nous, l’une des immenses baies s’ouvre progressivement.

L’intérieur s’illumine au-delà de l’ouverture.

Et nous nous laissons entraîner vers elle.

La lumière de la station remplace peu à peu le noir de l’espace.

Des structures métalliques apparaissent autour de nous.

Des passerelles.

Des plateformes.

Des niveaux entiers suspendus les uns au-dessus des autres.

Tout paraît démesuré.

Je connais cette base.

Je sais ce qu’elle contient.

Je sais combien de personnes peuvent y vivre.

Mais aujourd’hui, après tout ce qu’on vient de traverser, elle ressemble presque à un autre monde.

Le Mercator poursuit lentement sa progression dans la baie.

Sur notre droite, une première rangée de vaisseaux apparaît.

Puis une autre.

Des transports de classe Nauvoo.

Des cousins du nôtre.

Propres.

Entiers.

Alignés avec une précision presque indécente.

Je regarde notre reflet déformé dans l’une des surfaces vitrées de la baie.

À côté d’eux, le Mercator ressemble à quelqu’un qui aurait traversé une guerre en rampant.

Puis quelque chose apparaît au centre de la perspective.

Un autre vaisseau.

Rien à voir avec un Nauvoo.

Une large soucoupe claire domine une coque centrale beaucoup plus fine.

Deux longues nacelles cylindriques s’élèvent à l’arrière, portées par des pylônes inclinés.

L’ensemble paraît presque simple.

Équilibré.

Élégant.

Sur sa coque, une inscription devient lisible à mesure que les navettes nous rapprochent.

USS ENTERPRISE

NCC-1701

Le futur vaisseau amiral de la Flotte Spéciale.

Sa mise en service opérationnelle est prévue dans le courant de l’année.

Et même dans mon état, je dois reconnaître une chose.

Il a de la gueule.

Lt. Cmdr. Éric Corda Pilote USS Mercator

Aaaah…

Comme j’aimerais piloter celui-là.

Je tourne légèrement la tête vers lui.

Même à moitié gelé, épuisé et assis dans les restes de son propre poste de pilotage, Éric trouve encore le moyen de regarder un autre vaisseau avec les yeux d’un gamin devant une vitrine.

Ens. Émilie Flores Communications USS Mercator

C’est vrai qu’il est magnifique, Éric.

Il paraît même que les officiers de la passerelle ont chacun leur propre cabine.

Qu’en penses-tu, Charlène ?

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Croiseur de classe Constitution.

Destiné à l’exploration d’exoplanètes du même type que la Terre.

Douze années d’assemblage.

Bandes de phaseurs à trois-cent-soixante degrés, avec une puissance dix fois supérieure à la nôtre.

Vitesse de distorsion : 3.5.

Un petit bijou d’ingénierie.

Évidemment.

Charlène ne regarde pas un beau vaisseau.

Charlène regarde une fiche technique avec des nacelles.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Vous avez l’air de bien connaître ce vaisseau, lieutenant.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Oui… et non, capitaine.

Certains aspects sont régulièrement abordés lors de nos formations de mise à niveau.

Je reporte mon attention sur l’Enterprise.

Il reste là, immobile au milieu de la baie, pendant que nous glissons lentement devant lui.

Je remarque alors qu’Angie ne dit plus rien.

Elle fixe le vaisseau.

Pas avec l’admiration d’Éric.

Pas avec l’intérêt technique de Charlène.

Elle le regarde comme si quelque chose la dérangeait.

Cmdr. Angie Chen Number One USS Mercator

Dis, Agnes…

Avec son habillage terminé et son assemblage achevé…

Tu ne le trouves pas étrangement familier ?

Je regarde de nouveau l’Enterprise.

La soucoupe.

La coque centrale.

Les deux nacelles.

Et maintenant qu’elle le dit…

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Maintenant que tu le dis…

Oui.

Sous cette apparence, j’ai l’impression de le connaître.

Angie tourne lentement la tête vers moi.

Son expression suffit à m’annoncer que je vais probablement regretter d’avoir répondu.

Cmdr. Angie Chen Number One USS Mercator

On l’a déjà vu, Agnes.

C’est le même vaisseau que dans Les patrouilleurs de la Voie Lactée.

Ah.

Voilà.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Tu parles de cette vieille série des années soixante que tu regardes en boucle tous les soirs ?

Cmdr. Angie Chen Number One USS Mercator

Oui… celle-là.

À quelques détails près, c’est exactement le même vaisseau.

Tu ne trouves pas ça bizarre ?

Je regarde encore une fois l’Enterprise.

Je dois reconnaître que la ressemblance existe.

Mais entre reconnaître une ressemblance et commencer à imaginer qu’une vieille série télévisée connaît les plans d’un programme spatial secret, il reste quand même quelques étapes.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Ça doit être une simple coïncidence, Angie.

Ne laisse pas ton esprit te fabriquer des complots fantaisistes.

Cmdr. Angie Chen Number One USS Mercator

Ha ha !

Ne t’inquiète pas.

Mais je pense quand même que ça mérite qu’on y prête attention.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Je te vois venir.

Ne fais rien de stupide.

Angie sourit.

Ce qui, venant d’elle après cette phrase, n’a absolument rien de rassurant.

Autour de nous, le remorquage continue.

L’Enterprise glisse lentement hors de notre champ de vision.

Les navettes nous entraînent plus profondément dans la baie, jusqu’au quai A.

Le mouvement ralentit encore.

Puis s’arrête.

Lt. Charlène Savea Opérations USS Mercator

Capitaine, le vaisseau est désormais amarré au quai A.

Les rampes d’accès sont en cours de déploiement.

Amarré.

Le mot met quelques secondes à vraiment atteindre mon cerveau.

Cette fois, nous sommes arrivés.

Capt. Agnes V. Rodriguez USS Mercator

Merci, lieutenant.

Si vous avez encore un peu de jus, rallumez votre console.

Déverrouillez tous les accès.

Il faut faciliter le travail des équipes de secours.

Charlène se remet au travail.

Quelque part au-delà des cloisons, les premières rampes viennent se poser contre le Mercator.

Pour nous, la traversée est terminée.

Pour ceux qui attendent derrière ces portes, chaque seconde compte encore.